Je suis un garnement en culottes courtes qui a "oublié" de grandir.
Souhaitant faire partager ses "petits" plaisirs.
Et parfois ses "humeurs" dans des billets.
Ce matin, une histoire très courte.
Figurez-vous qu'en ce lundi de Pentecôte, je vois trois gamins arriver à la porte de la maison.
Ils me saluent, et presque en choeur:
"On vient s'excuser pour l'autre jour..."
Mais, me direz-vous, qu'avaient-ils donc commis comme délit?
Il font partie du petit groupe de gamins qui jouent habituellement dans la haie derrière chez moi.
Certains y ont entrepris la construction d'une cabane, alors que d'autres avaient trouvé sans doute plus marrant de balancer sur ma pelouse tout un tas de vieilles branches déglinguées.
Suite à quoi, j'avais croisé un jour une maman du lotissement, et je lui avais fait part de mon léger désagrément...
Le message a dû être transmis...
D'où la visite de mes petits repentants!
A qui j'ai dit tout le bien que je pensais de leur démarche, et à qui j'ai offert quelques bonbons...
Faut-il aussi que j'évoque ce que je pense de la
façon dont leurs parents les éduquent?
Je suppose que vous avez compris ce que je veux dire...
Il est encore des gens qui savent enseigner la politesse et les "bonnes manières"!
Je l'ai lu dans ton regard…
C'est ainsi que ma femme ponctua une conversation dès potron-minet.
Il faut dire que lire, ça la connaît: avec tous les ouvrages qu'elle a dévorés, j'en arrive à craindre pour elle que l'ophtalmo lui trouve des caries dans les yeux.
Et si j'ajoute que dans sa carrière d'institutrice, elle aura vu passer environ 800 paires d'yeux éblouis par l'apprentissage de l'acte de lire dans une classe de Cours Préparatoire, vous comprendrez que nous sommes là face à une "espécialiste" de la prise de sens.
N'empêche que cette expression
"Je l'ai lu dans ton regard…" me troubla ce matin-là.
On pouvait donc explorer le tréfonds de mon cerveau, me déshabiller l'esprit; en un mot, faire de moi un involontaire nudiste cérébral.
Depuis ce jour, je me guette.
Je me place en vis à vis de mon miroir.
Et je m'interroge.
Vous remarquerez que ma démarche n'est pas celle de Blanche Neige: "Miroir, mon beau miroir…" Je me fiche de savoir si je suis le plus beau. Les autres, je m'en moque éperdument. ( quoi que…)
C'est surtout moi que je voudrais connaître.
Et parfois cacher aux autres.
Alors?
Je guette le plus imperceptible signe qui pourrait m'aider à me comprendre.
Je me questionne, je m'interprète; et je me soupçonne parfois: ne me cacherais-je pas des choses à moi-même?
Je m'aide, je m'encourage. J'essaie d'y mettre le ton.
Je m'efforce de n'oublier aucune liaison.
Mais des liaisons entre... ce que je pense et ce que je crois en avoir compris…
J'ai même parfois l'impression que, si je ferme les yeux, tout cela s'éclaire nettement mieux.
Je crois bien qu'on y voit plus distinctement quand on a les yeux fermés!
Mais alors comment interpréter "l'Autre" si on ne perçoit pas son regard?
Je m'approche du miroir, je scrute. "Tiens, une ride de plus à la paupière gauche!"
Mais à part ça, rien de neuf sous le soleil.
Faudra-t-il donc qu'un jour je me fasse lire mon regard, comme d'autres se font lire les lignes de la main?
Plus le temps passe, et plus je me trouve analphabète de la lecture du regard.
"Je l'ai lu …" Vous ne pouvez pas savoir ce que cette anodine phrase a pu jeter le trouble dans mon esprit.
Pourvu que mon regard ne m'ait pas trahi!
A bien y réfléchir, je me prends à penser que je ne dois pas être le seul à…
Vous n'en connaîtriez pas par hasard, qui, comme moi, s'interrogent de la sorte?
Non? Vraiment ? C'est pourtant simple!
Vous n'avez qu'à suivre mon regard!
Ma jeune soeur ne m'avait-elle pas adressé un courriel qui débutait ainsi:
"A propos de ton livre...
Dis quand l'écriras-tu?
Dis, quand le feras-tu?
Car le temps qui passe ne se rattrape guère...
Le temps qui passe ne se rattrape pas!"
Ce qui avait constitué un facteur déclenchant!
Il n'y avait plus à reculer: il fallait que je me mette -enfin- sérieusement au travail.
Cela fait donc quelques semaines que mon opuscule est édité.
Que le nombre de personnes l'ayant acheté me surprend...
Et qu'au niveau des surprises...
Lisez plutôt:
Hier matin, rentrant de ma balade à pied vers le Montaigu, je croise deux personnes... L’une à la sortie de la boulangerie, l’autre un peu plus loin, près du mur où croissent les roses trémières que j’ai semées là clandestinement !
Et qui prospèrent !
L’une et l’autre de mes rencontres :
« On pourrait pas avoir un bouquin sur vos souvenirs de gamin ? »
Cet après-midi, je m'en vais chez la coiffeuse.
Et sur le trottoir une dame, ancienne parente d'élève, qui m'arrête:
"Ah, Bernard, j'ai commencé votre livre. J'arrive au chapitre le camion. C'est rudement bien. C'est facile à lire. Je me régale!"
A signaler que d'habitude la dame s'adresse à moi en y allant d'un "Monsieur Munoz"... Etonnant, non? Comment expliquer cette soudaine familiarité? Qui ne me gêne pas, bien au contraire!
Quelques pas encore, et je passe devant un commerce. Les jeunes patrons sont sur le pas de la porte.
M'apercevant, il m'interpellent!
Je fais un crochet:
"Alors, et votre bouquin? C'est la gloire, hein! Tout le monde à Bais en parle!
On peut en avoir un?
- Ben quand j'aurai refait mon stock, début de semaine prochaine. Je n’arrive pas à fournir…"
Arrive une jeune dame, la trentaine. Qui nous entend causer du fameux livre.
S'adressant aux commerçants:
"Ah! moi, ma belle-mère l'a apporté l'autre soir à la maison.
J'ai juste eu le temps d'en lire un chapitre, parce qu'elle me l'a vite repris des mains, en me disant qu'elle le dévorait.
Si les autres valent le seul chapitre que j'ai lu: les cabinets!
Ben ça promet!!!
Ah, c'est trop!!!"
Fin de journée, afin de renouveler mon ordonnance, j'avais rendez-vous chez le toubib, qui m'avait dit au téléphone:
"Ben faudra m'apporter un bouquin, n'est-ce pas? Avec une dédicace!"
Forcément, je me suis exécuté.
A (nom du toubib)…
Guérisseur de mes maux
Ce qui me permet ainsi d’écrire encore mes mots risibles…
PS : cette dédicace n’est pas remboursée par la Sécu !
Et enfin, dans la soirée.
Cet appel téléphonique :
« Je viens de lire votre bouquin. Je me suis régalée. J’y ai retrouvé plein de souvenirs personnels : les métiers, les jeux, les odeurs, les couleurs, les bruits… Merci à vous.
Mais dois-je-vous dire que vous m’avez donné envie ?
Envie de vous imiter, et de me lancer moi aussi à écrire.
Pour que les générations à venir sachent comment nous vivions… »
Et mon interlocutrice de commencer à rédiger oralement son récit…
Poursuivant :
« Si j’ai besoin, pourrais-je m’adresser à vous pour me donner un petit coup de main ? »
J’ai hésité à vous faire part de ces quelques témoignages.
Mais je me dis quand même que je vous devais un retour sur ce fameux bouquin destiné à une diffusion restreinte, et que l’on m’a « poussé » à publier... bien au-delà du cercle familial!
Il mériterait maintenant presque à lui seul un roman entier !
Je me dois aussi de préciser que si j’ai réussi à faire lire des gens qui ne sont pas de « grands » lecteurs, et faire écrire des personnes qui n’auraient pas osé…
Ben… J’ai obtenu là une des immenses satisfactions qui font suite à cette modeste publication.
Et je ne parle même pas des jolis moments passés chez les gens lorsque je vais effectuer moi-même la livraison de mon opuscule.
Conséquences inattendues, mais ô combien réjouissantes !
Merci à tous !
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PS: cette autre remarque obtenue quelque temps après..............
"Ton livre est, comment dirais-je... parce que tu utilises parfois un vocabulaire choisi, faut pas que je dise une banalité... ton livre est ... gouleyant!!! c'est ça... gouleyant!
Ce matin, le ciel semble convalescent.
Il faut dire qu'après ces longues journées de bruine, de pluie et de vent, il devient nécessaire de savourer l'instant présent!
Le soleil perce à travers de légers bancs de brume, et cela suffira à mon bonheur.
Je vais enfin pouvoir aller traîner dans les chemins de mon bocage.
Armé d'un appareil photo, du Nokia GPS enregistreur de parcours, et de mon baladeur diffusant de la musique dans mes écouteurs, je pars vers le Montaigu.
Choix pas forcément judicieux, car je vais avoir le vent de face durant presque toute la montée.
Bruckner... Requiem... http://www.youtube.com/watch?v=hSN3vvvp4YI
Après 5 km pile, j'arrive sur le banc du parking. Je m'y assois, et je contemple la campagne qui s'étend à mes pieds. Sous le soleil, seuls quelques gros damiers jaunes de colza tranchent nettement avec le vert sombre qui domine
Tiens, le coucou. J'ai quelques pièces dans ma poche, ça tombe bien!
Puis je monte à la chapelle.
Là, je m'installe sur l'arbre coupé qui me sert habituellement de trône.
Face à moi, Hambers, Jublains, Mayenne...
Mais une bise aigre transperce férocement ma polaire rouge...
Le fût du tronc est gorgé d'eau, et mon jeans ne tarde pas à devenir tout humide.
Vite, j'abandonne la place, non sans avoir observé au sol de nombreuses pelotes de réjections... souvenez-vous, la chouette effraie qui niche sous la cloche de la chapelle!
Et je m'engouffre dans l'épaisse végétation, bien à l'abri du vent que j'entends gémir dans les arbres.
Soudain, un petit lapin sort du fourré, il bifurque très rapidement vers la descente, ne me laissant comme souvenir qu'un toupet blanc qui effectue de brusques sauts...
Un pois sauteur!...
Même pas eu le temps de dégainer l'appareil photo!
Quelques dizaines de mètres sur ce qui semble être une piste de descente VTT...
Et hop, un autre toupet blanc qui détale vivement.
Tournant à droite, je longe maintenant une corniche sur laquelle je vais découvrir un rocher à la forme bizarre.
Je voudrais me prendre en photo assis dessus, mais j'ai oublié mon trépied aux jambes molles, celui qui peut s'entortiller aux branches.
Tant pis, je vais suspendre mon appareil numérique à une branche, en espérant que le vent ne le fasse pas tourner.
C'est alors que, à travers une trouée d'arbres, je vois apparaître une buse.
Utilisant les courants frappant la colline pour gagner de l'altitude, elle pratique le vol de pente,
Assis sur mon rocher, je vais alors m'amuser pendant un bon moment à imaginer que j'ai un émetteur dans les mains, et que je pilote l'oiseau!
Concerto pour clarinette de Mozart.
http://www.youtube.com/watch?v=K98Rwo1fI1U
Après s'être immobilisé en vol stationnaire, l'oiseau va brusquement se laisser tomber à la verticale tel un caillou.
Vision fugitive... malheur au petit animal qui servira de proie!
Je reprends la marche en descente. Dans mes écouteurs, Wagner, le Hollandais volant.
A quelques dizaines de mètres, un magnifique geai ne m'a pas vu venir. Je m'apprête à dégainer mon numérique... mais l'oiseau ne m'en laisse pas le temps: il part vivement en poussant des cris aigus.
Je suis toujours à l'abri du vent.
Mais débouchant au carrefour de la Caillardière, je me fais agresser par les rafales.
Sur la route, un papillon: se cramponnant au goudron, il a toutes les peines du monde à ne pas se faire emporter par le vent ... Mais si une voiture passe...
Plus loin, quelques chevaux dans un pré où fourmillent les boutons d'or...
Pointillisme à la Sisley!
Un peu plus loin encore, des genêts éclatants illuminent le bleu du ciel.
Au carrefour des Ormeaux, c'est le gazouillis du ruisseau qui m'attire. Je vais rester là un bon moment, charmé par la scène.
Je repars.
Sur le talus à gauche, des marguerites ploient leur frêles tiges.
A droite, le vent fripon retrousse la jupette jaune des fleurs de colza!
Ah, le coquin...
Le Bois-Mabon... sur la haie, des myosotis, des rugosas.
J'attaque la côte de la Beslière.
Quelques vues sur le
château de Montesson.
Le champ offre de magnifiques ondulations dues au vent qui balaie le coteau.
Juste avant le lotissement du Montaigu, je retrouve l'abri du talus.
J'aperçois la pancarte d'entrée du bourg.
Beethoven, l'Hymne à la joie!
http://www.youtube.com/watch?v=U8lpPZdBYL0
Le lavoir de la rue Henri Quentin...
L'Eglise...
Au sortir de la boulangerie:
"Ah, vous tombez bien! On pourrait avoir votre livre?
- Mais bien sûr... sauf qu'il faudra attendre la prochaine livraison"
Rue de Oy Mittelberg.
Et là encore, je rencontre quelqu'un:
" J'ai appris par le journal, votre bouquin... je pourrais pas..."
Et pendant qu'on bavarde, une magnifique chenille grasse et dodue se trémousse sur le mur aux roses trémières!
Là, contrairement aux situations rencontrées avec les petits lapins ou les oiseaux, j'ai tout le temps de cadrer!
Mon périple s'achève.
J'ai dix kilomètres au compteur...
Et matière à partager le plaisir éprouvé au long de cette balade.