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Le respect

12 Février 2015 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Chroniques d'un instituteur original

Si l'instituteur original  qu'on me dit être aborde ce sujet aujourd'hui, c’est sans doute parce qu’on me fit comprendre très jeune une chose capitale : on ne peut être digne de respect que si l’on respecte soi-même les autres.

Illustration :

Comme cela m’est arrivé aussi souvent que possible, je me suis inscrit afin de suivre des stages permettant de faire évoluer ma pratique quotidienne. Cette fois-là, ce devait être pour une mise à niveau « informatique ».

Le lundi matin, je laisse donc sur mon bureau quelques consignes destinées à mon remplaçant, et je file à l’Ecole Normale de Laval.

Le soir, en rentrant, je demande à mon épouse si tout s’était bien passé.

Et elle de me dire : 

« Ben, pas vraiment ! Dès la première récré du matin, j’ai vu arriver un groupe de filles, irritées, en pétard, me disant :

-M’Dame, le remplaçant de monsieur Munoz, il nous a tous traités de débiles… !

J’ai essayé de leur faire comprendre qu’il devait avoir eu un mot malheureux. Mais elles n’ont rien voulu entendre. »

J’ai appris plus tard que toute la classe avait fait corps et s’était montrée particulièrement rétive au jeune instituteur maladroit.

Il a certainement passé une semaine dont il a dû se souvenir fort longtemps !

La même année, je suis reparti pour la seconde partie de mon stage.

Ce fut une jeune femme qui me remplaça.

A mon retour, en ouvrant mon journal de classe, je trouvai ce mot : 

« Monsieur Munoz, j’ai effectué un excellent séjour au milieu de vos élèves. Vous avez une classe vivante, avec des enfants charmants, comme j’aimerais en rencontrer tous les jours. Si vous avez l’intention de vous absenter à nouveau, faites-moi signe, je reviens aussitôt ! Cordialement  »

 

Il s’agissait des mêmes élèves !

Faut-il donc que j’ajoute un commentaire ?

 

Et pour faire suite au sujet « respect », cette autre anecdote.

Lorsqu’en novembre 1994 nous avons pris possession du nouveau groupe scolaire, il était convenu que chacun se montre encore plus respectueux des lieux et des personnes.

Lors d’une rentrée qui suivit, un jeune instit’ incorpora l’équipe de vieux routards que nous formions.

Et, un matin, je l’entends encore sous le préau, m’apostrophant en ces termes : 

« Ben ça fait un moment que je voudrais te dire… Je suis estomaqué ! Y’a pas un bout de papier à traîner dans la cour ou dans les couloirs. »

Et moi de lui demander : 

« Et ça t’étonne ? Ben... c’est normal, non ?

- Oui mais ici, c’est… je sais pas… comment dire ? Pas de dégradations, tapisseries nickel, bas de murs intacts…

- Mais pourquoi me le dis-tu aujourd’hui ?

- Ben parce que je viens de voir une gamine qui, sortant son mouchoir de la poche, a laissé tomber un petit morceau de papier. Et aussitôt, un de ses camarades lui a tapoté gentiment l’épaule pour le lui signaler, pointant son index vers la poubelle toute proche. »

 

Il est certain que nous avons toujours été très vigilants sur le sujet.

Tout comme au moment des récrés… pendant lesquelles les enfants avaient le droit d’utiliser le terrain en herbe… sauf dans certains cas.

S’il avait plu, ils s’adressaient à l’enseignant(e) chargé(e) de la surveillance en demandant :

« S’il vous plaît M’dame, est-ce qu’on peut aller sur le plateau ? »

La réponse était  inéluctable: « A votre avis, dans quel état vont être vos chaussures lorsqu’il faudra entrer en classe ? »

Et ils prenaient eux-mêmes la décision, du style : 

« Ben non, c’est trop gras… ça va donner trop de boulot à Yvette et à Christelle.. »(les employées communales chargées du nettoyage de l'école)

Je n’avais même pas à trancher !

 

Il nous semblait en effet évident que les femmes de service n’avaient pas à se voir infliger un travail supplémentaire, uniquement parce que les enfants avaient envie de jouer au foot.

 

Une des  morales de cette fable ?

« Tant pis si je me prive d’un plaisir, mais j’en éprouve un bien plus grand lorsque je respecte les autres ainsi que  leur travail. »

 

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