« Faut pas être superstitieux, dit ma femme, ça pourrait porter malheur ! »
Et je partage totalement son point de vue…
Mais pourquoi donc ?
Ben faut dire que les araignées… il paraît qu’elles auraient une signification, comme les astres… Dès lors, pas besoin de se tourner vers son horoscope favori : yaka zyeuter les araignées.
Araignée du matin, chagrin…
Araignée du midi, souci…
Araignée du soir, espoir…
Simplissime n’est-il pas ?
Voilà-t-y pas que l’autre midi (noter l’heure !), je m’apprête à ouvrir mon courrier déposé sur la table du salon… et que vois-je sortir précipitamment d’entre les feuillets ?
Non ?
Si !!!
Une magnifique bestiole velue qui se met à galoper sur la nappe blanche…
D’un revers de main, la boulette noire se trouve éjectée sur le sol, et d’un virulent coup de patte, je l’écrase à la manière d’un mégot. Cyniquement, sadiquement… Et toc ! Plus d’araignée.
Un coup d’aspirateur plus loin, cette dernière se trouve avalée puissamment.
Et j’oublie la bestiole.
Début d’après-midi, nous nous retrouvons nos planeurs, Stéphane et moi, au pied d’une colline afin de nous livrer à une séance de vol de pente… 
Je sors mon gros Condor, imposant avec ses 4.20 d’envergure et ses 6 kilos… je commence l’assemblage…
M… ! une des vis qui maintient la partie externe gauche de l’aile a disparu… C’est fichu, ça ne volera pas.
Et soudain, cette fugitive pensée : ça c’est la faute à l’araignée !
Souvenez-vous : Araignée du midi, souci…
Je m’apprête donc à remettre mon matériel dans le coffre de toit installé sur la voiture… C’est alors que je me dis : « Mais regarde donc dans ton porte-monnaie, il y a toujours tout un
tas de babioles à traîner. »
Et ô surprise : j’y vois un magnifique boulon métallique de 4mm. Pile poil. Je sors à nouveau la voilure et je recommence l’assemblage.
Lorsque le planeur est enfin prêt, je m’avise (prudemment,) d’allumer la radio afin de vérifier, on ne sait jamais.
Et là, ô surprise…. Ben l’aileron gauche, le senestre… il ne fonctionne pas. L’air sinistre, je commence à redémonter, pour enfin mettre le doigt sur la panne : une soudure a lâché sur une prise… A force de brancher –débrancher, tirailler sur les fils…
M…. ! à nouveau, ça ne volera pas aujourd’hui !!!
L’araignée, vous dis-je !!!!
Araignée du midi, souci…
Heureusement, pour conjurer le sort imprévisible… j’avais pensé à apporter un planeur de secours : c’est dans mes habitudes… Un petit planeur tout mignon, nommé Micro Floh, 1.10m d’envergure pour 675 grammes, une ch’tiote bombe !!! Et qui plus est, se promène tout monté dans la voiture.
Stépha
ne a pris son Easy Glider, moi mon Micro Floh…
Et nous avons gravi la colline… pour espérer qu’en haut le vent, sa force, sa direction…
Je ne vous cache pas que pendant l’escalade, j’ai pensé à l’araignée… et je me suis dit que ça ne pouvait pas être bon…
Dans sa tombe, c’est sûr que l’araignée devait me regarder d’un œil torve… Les « lèvres » plissées par un rictus vengeur.
Mais non, le vent était bien établi, en force et en direction, avec de magnifiques rues de nuages.
J’ai lancé mon planeur, Stéphane a jeté le sien…
Et nous avons accroché immédiatement une ascendance, puis une autre…
Ce qui emmenait régulièrement nos « oiseaux » très haut dans le ciel, au « plafond » comme on dit.
Nous avons ainsi fait évoluer nos planeurs pendant une heure et demie…
Sans araignée au plafond !
J’avais enfin fini par conjurer le sort !!!