Tout ça m'a l'air bien L'Ouche
Le Canal de Bourgogne entre Pouilly en Auxois et Dijon, c'est parfois une sorte de goulet où l'ancienne voie ferrée, la route, le canal et son halage essaient de suivre le cours de l'Ouche... (d'où le titre alambiqué!)
Et tout ce petit monde tente de partager le même petit lit ! Pas si facile. 
Exception faite du tronçon entre Pont de Pany et Dijon où l'on aura la joie de pédaler sur du goudron, ce halage n'est malheureusement pas toujours très roulant, avec des passages aux nombreux nids de poules.
Et sur les 58 km de ce parcours, on peut croiser de grosses péniches occupées par des « touristes » pour la plupart anglais...
Mais quand après avoir parcouru quelques méchants kilomètres à vélo et quand l'estomac semble crier famine...
Ah, ces furieuses odeurs de cuisine qui sortent des bateaux et qui viennent vous taquiner !
Elles vous donneraient volontiers envie de demander peut-être pas le gîte, mais au moins le couvert !
Parmi les spectacles amusants de cette année, j'ai découvert un gros matou-marin !
Il semblait régner sur une pénichette... mais donnait fortement l'impression d'avoir envie de retrouver le plancher des vaches... avec ses "gentilles" petites souris !
C'est sans doute la raison pour laquelle sa maîtresse le cramponnait par le collier, tentant de le maintenir à bord.
Et puis des hérons en pagaille... parfois 4 dans la même prairie. Raides comme des piquets avec lesquels on peut les confondre.
D'écluses notables ? Pas vraiment. Elles ont beau être presque toutes habitées, elles ne m'ont pas semblé autant personnalisées que sur d'autres canaux,
Faut-il y voir un lien avec le fait que les gens chargés d'effectuer les manoeuvres d'éclusage (à la main pour la plupart) sont très souvent des vacataires qui gèrent plusieurs biefs, se déplaçant à l'aide d'un scooter?
Je noterai toutefois l'écluse 34S, tenue par des germanophones polyglottes et accueillants, qui proposaient toutes sortes de fritures où l'oignon tenait une place de choix.
Et puis je ne peux résister au plaisir de vous narrer cette rencontre avec un camping-cariste,
Avec lequel je devise gentiment sur ma passion des canaux, et à qui j'explique ma façon de procéder :
« J'installe ma caravane sur un camping d'où je rayonne avec ma voiture qui dépose vélo+bonhomme à l'endroit du canal que j'ai envie de parcourir... »
Et le type s'adresse soudain à son épouse en s'égosillant :
« Maman, Maman, viens voir... le monsieur... il fait tous les canaux de France ! »
Oh, faut pas y aller si vite cher ami...
Mais voilà-t-y pas qu'il commence à me parler du canal du Midi (ben c'est vrai qu'il a travaillé longtemps à la raffinerie de Frontignan).
Et pensant me coller, demande si je savais où le « Midi » se terminait... du côté de Sète.
Ma réponse le sidéra : « Dans l'étang de Thau, à Marseillan, lieu-dit les Onglous ! »
Et me posant d'autres questions sur l'escalier d'écluses de Béziers ou autres détails, il se vit à nouveau apporter les réponses !
« Maman, Maman, mais c'est une véritable encyclopédie, ce type ! Même moi, j'm'en rappelais plus » .
No comment !
C'est le moment d'avoir une petite pensée pour ce pauvre canal du Midi, chef d'oeuvre de Riquet, qui va se voir décapité de tous ses platanes, victimes d'un chancre.
Combien d'années avant qu'il ne retrouve son lustre d'antan ?
Toujours à propos du canal du Midi, j'ai croisé un jour une pénichette dont le port d'attache était Sète ; elle montait vers Pouilly...
Mais quels chemins avait-elle empruntés pour se retrouver sur « le Bourgogne »
C'est alors que me sont revenues les paroles d'une chanson composée par le sétois Brassens « Non, les braves gens n'aiment pas que...
l'on suive une autre route qu'eux ! »
Mais à propos des canaux de France, en y réfléchissant bien, n'ai-je pas déjà à mon actif : le canal du Nivernais, le canal du Centre, le canal du Midi, et maintenant le Bourgogne... sans compter que j'ai déjà entamé le canal de Nantes à Brest... et une partie de la Loire à vélo...
Et à chaque fois dans les deux sens !
Ah, je sais, tout ça n'a rien d'un exploit sportif, mais ce n'est pas ce que je recherche; ma quête est bien ailleurs !
Voyez plutôt la suite... concernant mon dernier parcours, riche en rencontres de toutes sortes...
Départ vers le Nord Ouest, alors que le vent est encore endormi.
Lisse comme un miroir, le canal n'a pas une ride. Une légère brume s'en dégage.
En arrivant pédale basse, les ripatons se font caresser par le sillon d'herbe humide qui file parfois au milieu du halage.
Mais attention aux mollets qui se font agresser par les traîtresses orties si on s'approche un peu trop du bord...
ll faut maintenant vous dire que, lorsque je démarre un trajet « aller » le matin, c'est toujours en pensant au retour, quand j'aurai changé de sens. Parce que très tôt, le vent n'a pas encore pris le temps de se tonifier. Ce qu'il fera tout au fil de la matinée,
N'avez-vous jamais pensé qu'au retour, les muscles fatigués se montreront reconnaissants d'avoir un apport énergétique gratuit, grâce au souffle « vent dans le dos » qui rendra les derniers km presque trop faciles ?
Déjà en montant "brise de face" me parviennent des bouquets d'odeurs qui signalent ce que je vais découvrir.
Il est par exemple très facile de savoir que dans quelques instants on va rencontrer des chevaux ; leur puissant crottin les trahit. Au passage, n'avez-vous jamais remarqué la position tête bêche que prennent souvent deux chevaux, afin de s'émoucher mutuellement ? Bel exemple d'entraide animale, n'est-ce pas ?
Un peu plus loin, je suis presque agressé par le suint aigrelet de quelques moutons paissant une herbe bien grasse. Leur odeur contraste fortement avec les suaves effluves des arbres à papillons tout proches.
Et dans cette région céréalière, je ne peux oublier la paille tout fraîche, que le vent léger fouette malgré tout en emportant quelques petites nuées de poussières odorantes.
J'y ajoute avec plaisir les senteurs du foin étalé « à la galette », qui sent bon comme chez nous.
J'apprécie nettement moins la vase remuée par les péniches, âcre, presque amère...
Avant même d'arriver dans un coude du canal, mes narines sont alertées par des odeurs de soudure à l'arc. C'est alors que je découvre des ouvriers, « entreteneurs » des palplanches métalliques.
L'un d'eux a le corps dans l'eau. Son « pistolet » illumine l'espace d'éclairs agrémentés de crépitements secs,
Quelques 100 mètres plus bas, un ouvrier nettoie les berges. Il est muni d'une pétaradante débroussailleuse qui vrombit ; ce qui dégage une étrange odeur d'herbe fraîche à laquelle se mélange celle du carburant « deux temps » consommé par sa machine.
Et en ce jour où le soleil avait enfin daigné se montrer, je ne saurai oublier la forte odeur dégagée par la crème solaire utilisée par les gens que j'ai pu croiser sur toutes sortes de vélos : en tandem, vélo à trois roues, vélo couché.
Et combien d'autres attelages utilisés par des familles tirant remorque... contenant bagages, enfants ou toutou.
Jamais je n'en avais vu autant que ce jour-là... (mercredi 18 juillet)
Vous parlerai-je aussi des libellules, parfois en nuages, nombreuses comme jamais auparavant ! Effet de la chaleur retrouvée?
Mais tout en pédalant, il m'arrive parfois d'entrer dans une sorte d'essaim, et je ressens comme un léger craquement à chaque impact d'un insecte sur mon corps !
Notons hélas qu'aucune « demoiselle » n'acceptera d'être dans le collimateur de mon appareil photo !
Et puis, je terminerai par cette péniche au nom hollandais... 132 tonnes que disait le panonceau qu'elle arborait. (pas celle du cliché ci-dessous, plus grosse que "ma" péniche d'origine hollandaise qui elle, avait pourtant une taille un peu moins impressionnante que "Prospérité")
Alors que le drapeau à l'avant signale un vent soufflant de babord , elle se pointe nettement en travers de l'écluse et sur la droite de l'entrée. Pas dans l'axe du tout.
Je me dis tout de suite : « Ben ça va être chaud ! »
Heu... Moi, j'aurais sans doute visé plus à gauche afin de tenir compte de la dérive due au vent... M'enfin !
J'suis pas capitaine au long cours, moi... je ne suis qu'un modeste pédaleur !
Mais il faut avouer que ces mastodontes de tôle possèdent une manoeuvrabilité proche de celle d'un pachyderme !
Quoi qu'il en soit, j'assiste à un spectacle haut en couleurs :
Violents coups de gaz, rapides mouvements de rotation imprimés à la barre qui tourne comme une folle, et que l'on n'a sans doute jamais maltraitée de la sorte !
Marche avant !
Marche arrière !
Valse hésitation...
Et ça se met encore plus en travers !
Derrière l'hélice, l'eau est en effervescence... d'une couleur brune inhabituelle.
Et c't'odeur de vieux fuel grillé... Avec un pot d'échappement qui s'affole en crachant une fumée opaque.
Vite envoyées vers l'avant, deux « marinettes » glissent des morceaux de corde tressée pour amortir le choc (pas la place où insérer des ballonnets dont sont munis les pénichettes de location)
Le bateau entre tout de même dans l'écluse, corps tout en travers, raclant et tapant, dans une bruit assourdissant... Pauvre péniche qui gémit face à ces mauvais traitements
Et moi mort de rire (intérieurement) m'adressant à l'une des jeunes femmes qui se trouve à l'avant :
«Ah, la marine d'eau douce, c'est tout un art, n'est-ce pas ? » Et sa réponse qui fuse : « Surtout quand il n'est pas maîtrisé !»
Puis après quelques secondes de méditation:
« Mais qu'est-ce que vous voulez, y'en a qu'aiment ça ! »
Le clou du spectacle va survenir lorsque le capitaine intime l'ordre à l'un de ses gamins :
« Va voir l'éclusier et demande lui où on est !
- Ecluse 27 ! » que répond l'homme aux manivelles et au t-shirt orné du sigle VNF. (Voies Navigables de France)
Tout guilleret, le gamin rapporte alors l'info à son « captain », qui déplie alors fièrement son livre de navigation... montrant ainsi qu'il maîtrise parfaitement la situation !
C'est cela aussi la vie d'un canal.
Avec tous ces gens qui l'animent, de façon cocasse parfois!
Le Bonheur en quelque sorte!