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Les cabinets

2 Avril 2006 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Chroniques des années 50

 Lorsque j’étais écolier et que j'habitais Chérancé, je me souviens avec  « délices » des cabinets.

L’édicule  était relégué au fond du jardin, loin des narines, et son voisin était tout naturellement le tas de fumier sur lequel s’amoncelaient les  déchets ménagers que l’on n’avait pas pu donner en nourriture aux animaux.

Ces adorables cabinets  provoquaient chez moi une sorte de peur panique lorsqu’il fallait nécessairement les utiliser, et je ne suis pas loin de penser qu’ils sont à l’origine  de la constipation chronique dont je souffrais à l’époque.

Je ne les trouvais guère accueillants.

Une simple  planche de bois sur laquelle on s’asseyait, bien lisse à l’endroit où les fesses avaient   l’habitude de se poser; un trou bien rond qui offrait une vue plongeante sur le contenu de la fosse, mais que l’on recouvrait  avec un lourd couvercle de bois lorsqu’on avait terminé l’opération.

Souvent accrochées par un coin  à un simple bout de fil de fer, des pages de journaux coupées en morceaux. Au milieu d’autres lourdes senteurs, ces périodiques  puaient l’encre d’imprimerie; ils auraient pu à l’occasion  meubler utilement  le temps consacré à faire ses besoins. Mais pour ma part,  je les survolais rapidement, n’ayant que fort peu envie de séjourner longuement dans l’endroit.

L’hiver, ces cabinets étaient agréablement ventilés par les nombreux courants d’air qui pouvaient s’engouffrer par tous les orifices.

L’été, la chaleur exacerbait les senteurs profondes de la nature.

Afin d’assurer à l’occupant un minimum d’intimité ou de confidentialité, la porte était maintenue fermée  de l’intérieur par une pièce métallique recourbée, voire un simple  bout de fil de fer.

Et l’on pouvait s’émerveiller de voir combien ces indispensables  portes faisaient preuve  de créativité. Le talent artistique des gens avait généré  des ouvertures très décoratives, allant du petit cœur au simple carré, en passant par l’as de trèfle ou l’as de pique.

Chaque famille possédait ses propres cabinets, personnalisés!

Je me souviens d’une famille à qui mes parents rendaient visite, qui possédaient des cabinets à deux places côte à côte. Une place avec un grand trou pour les adultes, et une place avec un petit   trou pour les enfants.  Adorable… (Venaient-ils faire leurs besoins à deux?)

Mais cet aménagement  luxueux ne m’encourageait pas davantage à utiliser  leurs  lieux d’aisance.

Les cabinets recevaient chaque matin la visite de la mère de famille qui venait vider le seau hygiénique  émaillé que certains membres utilisaient  durant la nuit.

Cela me remet en mémoire ma découverte de la « tinette ». Lorsque je fus contraint d’aller chez ma tante à Mèze dans l’Hérault, je fus surpris d’entendre chaque matin le bruit d’une charrette que tirait un petit cheval. Je découvris à l’occasion qu’un homme conduisant l’attelage passait ainsi quotidiennement dans les étroites rues pavées de la vieille ville, qu’il s’arrêtait devant chaque seau hygiénique placé devant la porte des maisons, et après s’être assuré qu’il y avait bien une pièce glissée sous le seau, il la mettait dans sa poche et déversait le seau dans sa citerne…

Métier suffisamment  lucratif  pour nourrir son homme et  sa famille? Je n’en ai jamais rien su. Mais dans nos villages de l’Ouest, je n’avais jamais constaté une telle pratique.

En tout état de cause,  chez nous en Mayenne,  à force d’utiliser nos  fameux cabinets… il était nécessaire de surveiller leur état de remplissage, afin d’empêcher leur débordement:  il  fallait donc  songer à  les vider.

Cette  plaisante opération s’effectuait avec une « vouillette », sorte de seau métallique muni d’un long manche…

Les volontaires ne se bousculaient pas au portillon.

 

Mais l’Homme m’a toujours étonné par son génie créateur.

Au cours de mes années « 50 » les gens créaient donc de nombreuses  entreprises.  Et le faisaient savoir en affichant sur leur maison  une plaque : « Entrepreneur de…. »  tout comme mon père qui arbora le panonceau: « Entrepreneur de Travaux Publics »

C’est ainsi que l’on vit fleurir des « entreprises de vidange ». 

On commença donc à voir arriver des petits camions dotés d’une citerne avec lesquels  les vidangeurs entamèrent la tournée des cabinets de tous les villages  du canton, offrant par la même occasion une séance aromatique gratuite à tous les habitants.

Un gros tuyau traversait parfois les pièces d’habitation pour relier la citerne aux cabinets, et rien qu’en voyant les soubresauts du caoutchouc on percevait  très nettement les pulsations de la pompe mécanique.

Le soir, pour dormir… On avait beau aérer…

Son travail terminé, le vidangeur  s’en allait;  mais que faisait-il ensuite de son « précieux » chargement?

Mon père m’expliqua un jour que le vidangeur était un type plein d’astuce doublé d ‘un excellent commerçant: il se faisait payer  une première fois pour débarrasser  les gens de leurs déchets, mais il se faisait payer une seconde fois lorsqu’il répandait son chargement sur un champ afin de l’engraisser!

Ainsi donc le vidangeur « s’engraissait » doublement…

Il fallait y penser.

Et mon père d’ajouter avec malice : « On dit que l’argent n’a pas d’odeur…hein??? »

Mais  le progrès se montre parfois cruel avec les travailleurs  besogneux : petit à petit, les gens s’équipèrent en fosses septiques, les communes  mirent en service des WC publics et  firent creuser les rues afin d’installer le  tout à l’égout… Supprimant par la même occasion une source de revenus à notre ami vidangeur.

Ainsi donc, face à une crise économique qu‘il n‘avait pas "senti" venir et qu‘il ne pouvait maîtriser, le « pauvre » vidangeur fut obligé de s’adjoindre des activités annexes, voire de   changer carrément de métier : c’est ainsi qu’il investit dans d’autres types de camions pour devenir déménageur, transporteur, livreur de fuel... 

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D
Cette histoire me fait aussi remonter les douces odeurs de mon enfance :A l’école publique, dans laquelle je passais la majeure partie de mon temps vu qu’en plus de la fréquenter j’étais le fils de l’instituteur, les cabinets, que je n’ai jamais nommés ainsi, ressemblaient à ceux décrits dans l’histoire de Bernard mais version béton.L’un d’entre eux faisait l’objet d’un délit d’initié. On l’appelait « le chiotte des cons ». Seuls les initiés le connaissaient et ne s’y aventuraient jamais sauf en cas d’extrême urgence ou d’étourderie. Didier
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