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Photo / VTT / Billets d'humeur /  Géocaching / Modélisme / Années 50

Les écrevisses

22 Avril 2006 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Chroniques des années 50

 
Qui a dit : «  Les écrevisses, c’est les langoustines du pauvre ? »
Vous me direz que dans les années 50, les langoustines, on n’en trouvait pas tous les jours sur la table des « besogneux ».
Et des écrevisses non plus d’ailleurs !
Mais voyez plutôt la suite.
Lorsque j’étais écolier, j’allais souvent faire un tour au salon de coiffure tenu par ma grande- tante Berthe. Elle était mariée avec Jean, un frère de mon grand père maternel. Et j’aimais ce bonhomme… au cœur tendre (ne souffrait-il pas d’angine de poitrine ?)
Parfois, alors que je me prélassais dans un fauteuil inoccupé, la tête presque fourrée dans le gros séchoir électrique se trouvant au-dessus, l’esprit chamboulé par les odeurs de teinture et le parfum voluptueux des clientes, Jean me tirait de ma rêverie : « Dis-moi, Bernard, tu ne pourrais pas aller chez le boucher m’acheter de la rate ? »
Il est certain que j’allais changer complètement le registre des senteurs… Je n’aimais pourtant guère fréquenter l’échoppe du sanguinaire vendeur de viandes, lui dont le tablier blanc était souvent maculé de taches rouges, lui qui trônait au milieu de longs couteaux et de quartiers de bœuf qu’il allait chercher dans sa chambre froide… Mais la rate étant synonyme d’une joyeuse sortie en perspective, je ne me faisais pas trop prier pour aller acheter l’appât.
Mais pour quoi faire me direz-vous ?
Pour aller aux écrevisses, pardi !!!!
Auparavant, il fallait bien évidemment vérifier les balances !!!
Ces fameux cercles de métal sur lesquels étaient tendus des sortes de filets, avec un plomb au centre et un morceau de ficelle afin d’y maintenir les abats dont les écrevisses semble-t-il raffolaient. Du cercle partaient trois ficelles reliées entre elles, elles-mêmes accrochées à une ficelle plus grosse destinée à poser et relever la balance.
A près avoir vérifié le matériel, nous prenions la petite 4CV et nous partions vers des ruisseaux « secrets », serpentant sous des arbustes,     bien tapis dans l’écrin du bocage qui mettait en valeur le frêle gazouillis de cette onde pure.
J’ai oublié le nom des lieux de pêche, mais j’ai conservé intactes les lourdes senteurs de la viande « faisandée » auxquelles se mêlaient les suaves parfums de la campagne… et l’odeur de l’eau. Mais si, l’eau a une odeur ! Cela me faisait d’ailleurs sourire quand le Maître d’école expliquait lors des « leçons de choses » que l’eau est inodore. Non, mon eau, l’eau de mon enfance, elle avait une odeur !
A pas de loups, vêtus de sombre, nous approchions du ruisselet, et d’un œil expert Jean dénichait les bons coins. Puis il fallait déposer les balances au fond de l’eau. Pour ce faire on utilisait une « guignette », sorte de petite fourche en bois au bout de laquelle coulissait la ficelle qui maintenait la balance. D’un geste expert, il fallait « lancer » le piège au bon endroit, sans ameuter la population aquatique. Au bout de chaque ficelle, on avait attaché une feuille de papier journal, ce qui servait de repère dans l’herbe afin de retrouver l’endroit où étaient placées les balances. C’était une pêche active au cours de laquelle on passait et repassait, observant très souvent dans l’eau claire la valse hésitation des crustacés tentés par la charogne. Et quand on soulevait la balance, il fallait contenir ses cris de joie afin de ne pas apeurer nos futures proies, celles qui étaient encore tapies sous les berges.
Je ne sais plus quelles étaient les règles de cette pêche: nombre de balances autorisées, taille des mailles et taille mini des écrevisses… Mais mon oncle remettait consciencieusement à l’eau les « petiotes » afin de les laisser grandir…
Les autres rejoignaient un récipient dont elles tentaient de s’échapper… je les vois encore grouiller au fond du seau sur les parois duquel elles faisaient crisser leurs pattes.
En fin de journée, fiers de notre butin, nous revenions avec des vêtements un peu crottés et imprégnés des odeurs de notre campagne.
Et avec dans la tête, la douce perspective d’un festin !
Tout comme lorsqu’on vidait périodiquement l’étang de la Forge à Pré en Pail.
On m’avait expliqué que ce petit plan d’eau nécessitait une vidange à espaces réguliers, afin de vérifier les berges, la pale… et le bon développement de ses « habitants ».
Je me souviens avec délices ce travail pourtant difficile, au cours duquel, le niveau de l’eau baissant, on voyait apparaître petit à petit le dos des grosses carpes qui se concentraient là où il y avait encore un peu de quoi s’ébattre. On les capturait à la main ou avec les épuisettes afin de les mettre dans de grands baquets, mais elles se débattaient furieusement, nous glissaient entre les doigts, et nous éclaboussaient avec ardeur. On triait les poissons par tailles et par espèces… On évaluait ceux qu’il fallait remettre à l’eau…
Les anguilles quant à elles se faufilaient dans l’eau boueuse, essayant de regagner la terre ferme afin d’échapper à la capture.
Chacun occupait un « poste de travail » en fonction de ses aptitudes…
Mon grand-père s’était fait une spécialité dans le dépiautage des anguilles par exemple…
Et pour nous autres gamins, quand la hauteur de nos bottes permettait enfin de descendre dans le lit de l’étang, débutait la « chasse » aux écrevisses. Nous avions là en effet un immense avantage sur les adultes,    car nos petites mains permettaient d’aller fouiller les interstices entre les gros cailloux chargés de consolider les berges.
Nos vêtements étaient maculés de vase dont l’odeur prenait à la gorge… mais là encore, la perspective d’un délicieux repas faisait oublier l’aspect un peu pénible de la tâche.
Car cette pêche «  miraculeuse » revêtait un aspect très festif, enjolivé par le caractère joyeux des nombreux membres de la famille participant à cette tradition.
Pas de fête sans repas…
Tout ce petit monde se requinquait au cours d’un délicieux dîner où le poisson tenait bien évidemment une place de choix… mais c’était le moment où ma tante Marie-Thérèse allait apporter le plat avec les écrevisses   qui m’emplissait de bonheur.
On en prenait d’abord plein les narines, plein la vue…. face à ces bestioles qui par magie étaient devenues bien rouges…
Et plein les mains !
Ne parlons pas des indispensables serviettes… pas franchement utiles pour protéger nos vêtements peu présentables, mais pour s’essuyer les doigts !
On commençait rituellement par « licher » tout d’abord le crustacé, afin de le débarrasser de la sauce dans lequel il avait cuit… sauce qui parfois « emportait la gueule » tant elle était forte !
Puis on séparait la « tête » de la queue… on décortiquait même l’intérieur des pinces… où il n’y avait pourtant pas grand-chose à manger… Mais on avait l’impression de « mériter »   ce festin.
Festin de roi.
Qui valait bien la « dégustation » de langoustines… que je fis beaucoup plus tard.
Et qui surpasse de loin le homard que mes parents mirent au menu de ma communion !
 
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Commenter cet article
C
toujours autant de plaisir a te lire cher bernardino  ces details de la nature ...........merci encore cat
Répondre
C
slt un petit coucou pour te dire que ton blog et cool et trés bien fait !<br /> @+++
Répondre
B
Merci... mais je n'ai aucun mérite quant au look de ce blog. Je l'ai "acheté" clé en mains  chez over-blog; bien évidemment, ça ne me laisse pas le loisir d'agrémenter la présentation... sobre mais qui me suffit!<br /> Au plaisir<br /> ..