Devant ce soleil radieux d’un printemps tardif, je n'ai pu m'empêcher de piaffer pour aller faire voler...
Mais ma femme a besoin de la voiture : elle a prévu d’aller chercher des plants chez son fleuriste favori... Le printemps et ses plantations n'attendent pas!
Je lui demande donc de me laisser avec mon matériel à l'entrée du chemin de rando menant à la pente "La Roche", et je lui dis:"T'affole pas, je te téléphonerai quand j'aurai besoin que tu reviennes me chercher".
Et on se quitte. Elle pour son fleuriste, moi pour ma pente!¨
Pente que je retrouve après un quart d'heure de marche dans un délicieux petit chemin creux... pour me rendre compte que le vent en altitude n'a rien à voir avec celui au sol... et qu'en plus il est anémique!
Heureusement, en gus prévoyant, j'ai emporté un motoplaneur électrique... mais le MiniJ que j'avais pris afin de procéder aux inévitables réglages suite à une grande visite... ben il va sérieusement m'embarrasser!
Parce que je m'aperçois que le peu de portance et les ascendances qui déclenchent se trouvent tout au fond à gauche... loin de l'endroit où j'ai lancé. Et sur une partie où le relief est fort peu pentu…
Je pose, et je remballe mon matos pour aller vers un endroit plus propice. Si j'avais pas eu le MiniJ, j'y aurais envoyé mon Onyx en vol... sans le poser.
Bref, je traverse un grand herbage où de jeunes bovins me font une haie d'honneur; je ne réussis à me débarrasser de ces affectueux quadrupèdes qu'après avoir franchi une clôture électrique; et je me retrouve enfin dans un autre herbage... où c'est pas mieux qu'au départ au niveau portance...
Mais avec un bataillon de mouches excitées comme de jeunes puces.
Vous avez déjà piloté en essayant de vous débarrasser de ces sales bêtes qui "vouzounent" et vous agacent prodigieusement?
Si des gens m'ont aperçu en train de gesticuler... z'ont dû rigoler un moment!!!
Tout ça me remet en mémoire la séquence du film de Jacques Tati "Jour de fête", où le brave facteur se bat contre des insectes...
Mais avant de plier définitivement bagage, je réalise tout de même 57 minutes de vol au total.
J'examine alors la situation, et d'où je suis, il me semble inutile de reprendre le chemin "aller", mieux vaut passer par le bas de la pente où se trouve un autre sentier tout aussi pittoresque que le premier... qui fleure bon le chèvrefeuille...et qui serpente entre des champs de colza à l'odeur prenante.
Au recoin de quelque haie je retrouve la fraîcheur de petites sources se déversant dans de minuscules mares à grenouilles.
Tout en marchant les bras encombrés de mes deux modèles et l'émetteur qui me bat la bedaine... je rêvasse, et je me dis que rentrer à pied me fera du bien... il suffira de prendre les sentiers à l'arrière du village pour arriver directement chez moi sans emprunter la route.
Mais tout à coup, ce putain de portable se met à sonner... C'est Annie qui, revenue de ses courses, a décidé de me récupérer. Elle a marché un quart d'heure dans le petit chemin du haut, et débouchant au sommet de la pente, s'étonne de ne voir ni bonhomme dans l'herbe, ni planeur en l'air.
"Où que 't'es? demande une voix nasillarde.
- Ben je suis presque arrivé sur la route de Champgenêteux, en face du magasin Shopi, je rentre à pied!
- Ah ben j'aime mieux ça!"
Eclat de rires de part et d'autre.
Je suis donc arrivé le premier sur le parking Shopi, où j'ai attendu mon taxi.
Là où nos chemins ont quand même fini par se croiser.
J'ai tout enfourné dans la bagnole et j'ai terminé ma randonnée… en voiture!!!
Voyez que le vol de pente, c'est pas réservé aux pantouflards, la preuve!!!
J'en rigole encore!