Scènes de la vie rurale : au royaume des sens
En ce matin de juillet où le soleil s’annonce encore très généreux, j’hésite à enfourcher mon fidèle VTT. C’est pourquoi j’ai décidé d'attaquer le bitume avant 9 heures: il est encore tiède... mais pas pour longtemps!
J'ai alors choisi d'aller en direction de l’ouest, vers Jublains, par des petites routes: le hameau de Marche, la Louvetière, le bois du Tay, la chapelle de Doucé...
Sur ma droite, un champ vient d’être fauché. Encore «à la galette» (étalé en vrac sur le sol), le foin exhale une douce senteur.
Un peu plus loin sur ma gauche, enveloppée d’un nuage de poussière, une moissonneuse effectue bruyamment son labeur. Elle laisse derrière elle une longue traînée de paille à l’odeur caractéristique pleine de sécheresse.
J'arrive dans la capitale des Diablinthes, je contourne les thermes romains, et je bifurque à gauche vers Evron.
Longue ligne droite monotone avec, de part et d’autre, une alternance en champs de céréales ou de maïs, des prairies à la pelouse style paillasson... et des pâtures tout aussi pelées.
On rencontre encore quelques parcelles à foin toutes tondues, dans lesquelles restent parfois de gros «ballots» enveloppés dans des poches de plastique.
Et dans d'autres champs, d'autres types de « rouleaux » contenant de la paille compressée...
Au carrefour du Consent, je vire à gauche, en bordure du bois d'Hermet, direction Hambers. La petite route longe alors le ruisseau de Bias, qui dégage une âcre odeur de vase… J'abandonne sur ma droite le sentier de randonnée dénommé «La pierre, l'eau, la forêt et le fer», que j'ai déjà emprunté il y a quelques semaines.
Au sommet d’un longue montée, ce sont les relents de fumier qui m’agressent: un agriculteur a «égaillé» sous le soleil sa production de « parfums naturels ».
Puis c'est le moulin de Lingé et son écrin de verdure...
En vue d'Hambers, je
suis averti de la présence d'un cheval rien qu'à l'odeur. Quand je le découvre, le pauvre animal tente de se débarrasser des mouches qui forment un
volumineux nuage autour de son museau. Il gesticule, en vain. Pour se "moucher", il n'a d'autre ressource que d'enfouir son nez dans la terre
sèche et souffler un grand coup... bruyamment! Cela dégage un immense nuage de poussière évacuant très momentanément les diptères... qui reviennent aussitôt à la charge.
Mais pourquoi donc son propriétaire ne lui a-t-il pas adjoint un compagnon? En se mettant tête-bêche, les deux équidés auraient pu s'émoucher mutuellement.
Combien de fois ai-je eu le plaisir d'assister à une telle scène d'entraide!
Jouxtant le champ au cheval, juste au bord de la route, se trouve un magnifique cerisier, avec des fruits à portée de main! Des cerises blanches!!!
J'en chaparde quelques poignées, et je remonte en selle,
Sur ma droite, un champ avec des épis mûrs, blonds et immobiles, et le Montaigu en arrière-plan.
J'arrive dans Hambers, où je longe un talus dont les nombreuses roses parfument l'air qui commence à être surchauffé.
Je m'arrête quelques instants au plan d'eau... fort bien aménagé pour qui veut pique-niquer.
Mais le goudron de la route commence à puer fortement sous l'effet du soleil. Il est d'ailleurs prêt à fondre!
J'en profite pour me glisser dans le chemin creux qui file vers la Chesnaie.
Je savoure l'ombre. Mais je dois soudain faire face à une situation peu banale. Des nuées de mouches tournicotent en « vouzounant » dans les trouées ensoleillées. Je comprends alors très vite qu'il est préférable de respirer par les narines, car si on laisse un tant soit peu la bouche ouverte, on est certain de gober une flopée de bestioles qui vont racler la gorge. Et plutôt que de "gober les mouches", mieux vaut appuyer sur les pédales.
Les mouches
Le long du chemin, je découvre encore de nombreux cerisiers... des guignes que l'on peut préparer à l'eau de vie. Ah, les fameuses roupettes à queue de nos grands-mères!
Puis la lourde senteur des vaches me prévient que j'approche d'un herbage. Les pauvres bêtes n'ont pas grand-chose à croûter, et à l'odeur aigrelette qui me parvient doucement, je devine qu'on leur a déjà fourni de l'ensilage en pâture.
Je débouche au pied du Montaigu. La route est bordée de châtaigniers dont les longs chatons dégagent comme une odeur de miel.
Un peu plus haut, cela sent la vase. C'est vrai que sur la gauche jaillit une source captée dans une sorte de réservoir.(lire le
commentaire que m'a adressé René Mareau). Le trop-plein s'évacue à même le fossé, et cette odeur de terre humide tranche durement avec la sécheresse environnante.
Puis je bifurque à droite dans le circuit VTT qui va me conduire au carrefour des Pommiers.
Là encore, je suis à l'ombre, et je navigue dans un chemin creux qui ressemble à un véritable boyau.
Sur ma droite, un
champ de maïs semble avoir été peigné par l'épandeur à pesticides...
Un peu plus loin, je m'arrête pour contempler une toile d'araignée trahie par un rayon de soleil; ses fils semblent d'argent, et la bête trône au milieu de son piège... immobile.
Puis les roues émettent soudain un bruissement curieux. Des feuilles sèches parsèment déjà le chemin, dégageant une odeur annonciatrice de l'automne. Déjà!!!
Quelques kilomètres encore... pendant lesquels je suis bercé par le chant des oiseaux que l'été rend un peu fous.
C'est alors que des fougères à l'odeur acidulée signalent leur présence.
Puis c'est la Colousière, et le petit chemin très verdoyant qui redescend vers Bais.
Un source jaillit sur sa droite. Ne l'aurais-je pas vu qu'elle est perceptible rien qu'au gazouillis émis par son filet d'eau sautillant sur les cailloux. Un ruisselet s'est formé, qui longe le chemin, et qui apporte une touche de fraîcheur bienfaitrice dans cette atmosphère devenant de plus en plus torride.
Je débouche à la Beslière. En plein soleil. Ebloui...
S'ouvrent alors des perspectives sur la plaine de Mayenne. J'aperçois Jublains, le bois du Tay, les buttes d'Hardanges.
Je roule encore un
peu, et je découvre la toiture caractéristique du château de Montesson qui, dans son oasis de verdure, semble lui aussi chercher la fraîcheur.
Je me laisse alors glisser dans la descente vers Bais. Je passe devant le pittoresque lavoir fleuri de la rue Henri Quentin.
L'église et ses étonnantes gargouilles...
Puis je remonte la rue de Oy-Mittelberg... où je m'arrête pour admirer MES roses trémières. (voir leur histoire sur ce même blog)
Quelques dizaines de mètres encore, et ma virée s'achève.
Cet après-midi, je suis terré dans mon atelier situé au sous-sol... bien au frais, où je rédige ce texte. Dont je voudrais partager les impressions... les perceptions, les odeurs, les images...
Avec cette banale réflexion « Bernard, quelle chance tu as de pouvoir encore pédaler, et d'habiter un tel havre de paix! »
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Album photo de cette virée ici:
http://picasaweb.google.fr/Bernardino53/AuRoyaumeDesSenteurs?feat=directlink