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Scènes de la vie rurale : chez le médecin

8 Juin 2010 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Scènes de la vie rurale

Il est 7h40.

En ce lundi  brumeux de juin, j’entre dans la salle d’attente   du cabinet médical.

Une dame avec deux fillettes,  un septuagénaire... ils  finissent de se réveiller.

Quatre personnes, déjà…

Je salue ce petit monde, et je m’assois.

Au travers la cloison, on perçoit sans comprendre les échanges entre le toubib et le patient en cours d’examen.

Daudet contes du lundiAfin de tuer le temps, je sors un bouquin… Daudet, « Contes du lundi »…  Titre de circonstances, vous verrez !

Quand,   poussant  la porte de la salle d'attente,  un nouveau « client » entre en scène.

Nous l’appellerons Gaëtan…

Il salue… et l’ambiance feutrée va alors subitement changer.

Il adresse un petit mot à chacun d’entre nous… entame la conversation sur la pluie et le beau temps, le maïs qui a besoin d’eau, ces orages qui lâchent leur pluie au petit bonheur la chance.

Arrive ensuite  un trentenaire, qui boîte. Aussitôt Gaëtan  l’interpelle en lui disant : « Ah, forcément c'est lundi; hier, y'avait un match de foot... Ah,  le foot… c’est dangereux c’truc-là ! »

Et l’autre de lui répondre : «  Mais pas du tout, j’ai horreur du foot. Non, j’sais pas, ma cheville a enflé… » Et de relever le bas de son pantalon tout en baissant prestement sa chaussette afin de  nous montrer une cheville gonflée par une sorte d'oedème !

Gaëtan vient de se faire sèchement tacler dans la "surface de réparation". Il tente alors de se "relever" en y allant  de son diagnostic : « C’est un moustique…Sûr... c'est une piqûre de moustique... D'abord,  j’ai entendu dans le poste que le chikungunya   était arrivé en France… »

Autant vous dire que j’ai refermé mon bouquin depuis un bon moment… Et je n’ai pas même atteint la fin du premier chapitre !

On entend alors la porte d’entrée s’ouvrir, mais on ne voit personne pénétrer dans la salle d’attente.

Gaëtan nous dit alors : « En v’là core un qu’est trop pressé, y  va rester dans l’couloir…  y veut s’faire consulter sans attendre ! Y n’a qu’à faire comme nous ! »

Et il se lève, ouvre la porte de la salle, et s’adressant à l’homme qui se trouve en coulisse: « Y’a core d’la place, tu sais… Tu peux ben v’nir t’asseoir à côté d’nous !

- Oh, j’sais ben, mais j’vas point vous prendr’ vot place ! C’est l’docteur qui m’appelé, pasque j’s’uis v’nu sam’di, et j’ai  oublié d’lui donner ma carte vitale vitale1pour mettre dans sa machine… Faut ça pour qu’la sécu ell’ m’rembourse…

- Ouais, y disent tous ça ! Ou ben qu’c’est pour une signature… Et pis y nous passent tous sous le nez… Viens donc t’asseoir… »

Entre alors en scène  celui que nous appellerons Clothaire, l'homme à la  carte vitale qui, afin de se justifier, exhibe dans sa main droite le précieux sésame vert qu'il montre à tout le monde...  Il nous salue, mais reste debout, près de la porte.

C'est alors qu'il m'aperçoit. L'aubaine! Grâce à moi, il va pouvoir tenter de  détourner la conversation. En effet,  il  évoque avec emphase  les roses trémières que j’ai disséminées le long du mur de la rue Oy-Mittelberg. http://bernardino.over-blog.net/article-34148692.html

Dites-le avec des fleurs, cela  adoucit les mœurs…  n'est-ce pas?

Clothaire pense avoir  retourné la situation à son avantage,  et il ajoute  qu’il va  demander  au « champêt’ » (comprenez: l’employé communal, autrefois garde-champêtre…) l'autorisation de poser lui-même des tuteurs afin que les hampes ne se brisent pas sous l’effet du vent.

« Ce serait dommage qu’elles se cassent, vos fleurs… J'aime ben les trémières, et dire qu'elles veulent pas pousser chez moi!!!»

Mais Gaëtan ne veut pas se laisser déposséder du  rôle principal. Il reprend la parole pour me demander: « Ousque vous les avez trouvées ces graines-là ?… »

Je réponds alors que si certaines viennent de Bais, pour la plupart elles ont été prélevées à roses-tr-mi-res-002.jpgOléron,   Noirmoutier ou sur  l’île de Ré...

Quelques échanges encore…

Puis on comprend que le le toubib s’apprête à lâcher son client: il ouvre la porte de la salle d’attente et,  apercevant Clothaire,  lui demande de passer dans son cabinet afin de régulariser la situation.

Gaëtan vient de se faire   tacler une nouvelle fois! Il tente à nouveau  de se "relever"  en y allant  de son appréciation sur la dure vie des toubibs… la difficulté de faire venir de jeunes médecins dans nos campagnes… Et pourtant, "les sous qu’ils doivent gagner", et "le percepteur qui doit être content de leur en piquer un paquet".

Un petit quart d’heure plus tard, c’est au septuagénaire de se faire ausculter, immédiatement remplacé dans la salle d’attente par un nouveau patient.

Cela n’empêche pas Gaëtan de conserver le premier rôle, c’est  toujours lui le personnage principal de la « pièce »… Il questionne, donne son point de vue, réoriente la conversation…

Mais cela va bientôt être mon tour. J'en arrive presque à le regretter.  J'aurais bien encore  profité un peu du spectacle!

Et dire que j'ai pourtant à peine entamé mon bouquin,  dont je vous rappelle le titre: « Contes du lundi »…

Non, je ne l’ai pas lu !

Mieux : je l’ai vécu !!!

 

Un grand merci aux différents acteurs de cette pièce improvisée !

 

tremieres-ficelle.JPGPost Scriptum en date du 14 juin: je suis passé hier rue de Oy-Mittelberg, et les trémières ont reçu  un aménagement à l'aide d'une ficelle qui les plaque un peu contre le mur.  Qui a  fait le travail? Clothaire ou l'champêt'...? tremieres-ficelle--3-.JPG

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C
<br /> <br /> Aïe...Sylviane.... moi en fait c'est Sylvian <br /> <br /> <br /> <br />
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B
<br /> <br /> Ah, je me suis emmêlé les pinceaux entre Christian et Sylviane... Christiane et Sylvian!!!! Mille excuses!<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> <br /> Tu vois Christian, y'a pas que dans le hangar à Marcel qu'il se passe des choses étonnantes! Et dans mon cas, cela n'a absolument rien à voir avec nos<br /> petits avions!  Mais j'avoue que ces petites tranches de vie sont pour moi un vrai régal. Et si je peux faire partager mon plaisir, c'est encore plus "jouissif"! Amitiés à toi et bises à<br /> Christiane.<br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Pas souvent le temps de lire mais admiratif devant cette prose improvisée et ce regard affuté. Louis et Marcel en bavent de plaisir ;o)<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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