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Photo / VTT / Billets d'humeur /  Géocaching / Modélisme / Années 50

chroniques des annees 50

La 4 CV Renault

10 Mai 2006 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Chroniques des années 50

 
 
 Lorsque j'étais écolier...

Mon oncle Gabriel   fit son apprentissage de mécanicien auto.
Il se grisa de moto…
 
Puis, comme  de nombreux Français moyens, il acheta une 4CV, apparemment en 1953 ; c’est du moins ce que semble indiquer l’immatriculation de son véhicule…
 
Je chérissais cette mini-voiture presque autant que lui !!! Et c’est la raison pour laquelle je me prêtais volontiers à la séance de nettoyage. Ce cliché est d’ailleurs très évocateur de l’époque : accès du plus grand nombre à l’automobile, et arrivée de l’eau sous pression sur les robinets des maisons…
Avec son prix modique et ses 565 kg, la 4CV fut vraiment la première voiture populaire de l’après-guerre. Mon oncle donne   l’échelle de ce véhicule « de poche », puisque la longueur n’était que de 3.65m pour une hauteur de 1.45m.
Ce qui pouvait surprendre le néophyte, c’est que le moteur se trouvait tout à l’arrière ; il était donné pour 4 chevaux fiscaux (d’où le nom de la voiture) et 16 chevaux réels.
Je me souviens avoir parcouru de nombreux kilomètres en compagnie de mon oncle dans sa 4CV.
Et plus particulièrement une fois où nous avons fait un long périple en France. C’était d’autant plus remarquable que le convoi était composé de deux 4CV : celle de mon oncle Gaby, et celle de mon grand-oncle Jean Duarté.
Malgré la taille ridicule du coffre dans lequel on trouvait la roue de secours, les petites voitures étaient lourdement chargées, et leur gentil moteur fut rudement mis à l’épreuve lors de la traversée du Massif Central. Le court levier actionnant la boîte à trois vitesses était souvent sollicité lors des longues montées…
Afin de faire souffler les « chevaux », on s‘arrêta pour la nuit dans un hôtel à Roanne… et le convoi repartit gaillardement vers la Mayenne le lendemain matin.
En 1961, Renault arrêta la production de sa 4CV après avoir sorti plus d’un million d’exemplaires…
Ce fut la Dauphine qui lui succéda. 
 
On entamait alors les années « 60 »
 
 
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Les écrevisses

22 Avril 2006 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Chroniques des années 50

 
Qui a dit : «  Les écrevisses, c’est les langoustines du pauvre ? »
Vous me direz que dans les années 50, les langoustines, on n’en trouvait pas tous les jours sur la table des « besogneux ».
Et des écrevisses non plus d’ailleurs !
Mais voyez plutôt la suite.
Lorsque j’étais écolier, j’allais souvent faire un tour au salon de coiffure tenu par ma grande- tante Berthe. Elle était mariée avec Jean, un frère de mon grand père maternel. Et j’aimais ce bonhomme… au cœur tendre (ne souffrait-il pas d’angine de poitrine ?)
Parfois, alors que je me prélassais dans un fauteuil inoccupé, la tête presque fourrée dans le gros séchoir électrique se trouvant au-dessus, l’esprit chamboulé par les odeurs de teinture et le parfum voluptueux des clientes, Jean me tirait de ma rêverie : « Dis-moi, Bernard, tu ne pourrais pas aller chez le boucher m’acheter de la rate ? »
Il est certain que j’allais changer complètement le registre des senteurs… Je n’aimais pourtant guère fréquenter l’échoppe du sanguinaire vendeur de viandes, lui dont le tablier blanc était souvent maculé de taches rouges, lui qui trônait au milieu de longs couteaux et de quartiers de bœuf qu’il allait chercher dans sa chambre froide… Mais la rate étant synonyme d’une joyeuse sortie en perspective, je ne me faisais pas trop prier pour aller acheter l’appât.
Mais pour quoi faire me direz-vous ?
Pour aller aux écrevisses, pardi !!!!
Auparavant, il fallait bien évidemment vérifier les balances !!!
Ces fameux cercles de métal sur lesquels étaient tendus des sortes de filets, avec un plomb au centre et un morceau de ficelle afin d’y maintenir les abats dont les écrevisses semble-t-il raffolaient. Du cercle partaient trois ficelles reliées entre elles, elles-mêmes accrochées à une ficelle plus grosse destinée à poser et relever la balance.
A près avoir vérifié le matériel, nous prenions la petite 4CV et nous partions vers des ruisseaux « secrets », serpentant sous des arbustes,     bien tapis dans l’écrin du bocage qui mettait en valeur le frêle gazouillis de cette onde pure.
J’ai oublié le nom des lieux de pêche, mais j’ai conservé intactes les lourdes senteurs de la viande « faisandée » auxquelles se mêlaient les suaves parfums de la campagne… et l’odeur de l’eau. Mais si, l’eau a une odeur ! Cela me faisait d’ailleurs sourire quand le Maître d’école expliquait lors des « leçons de choses » que l’eau est inodore. Non, mon eau, l’eau de mon enfance, elle avait une odeur !
A pas de loups, vêtus de sombre, nous approchions du ruisselet, et d’un œil expert Jean dénichait les bons coins. Puis il fallait déposer les balances au fond de l’eau. Pour ce faire on utilisait une « guignette », sorte de petite fourche en bois au bout de laquelle coulissait la ficelle qui maintenait la balance. D’un geste expert, il fallait « lancer » le piège au bon endroit, sans ameuter la population aquatique. Au bout de chaque ficelle, on avait attaché une feuille de papier journal, ce qui servait de repère dans l’herbe afin de retrouver l’endroit où étaient placées les balances. C’était une pêche active au cours de laquelle on passait et repassait, observant très souvent dans l’eau claire la valse hésitation des crustacés tentés par la charogne. Et quand on soulevait la balance, il fallait contenir ses cris de joie afin de ne pas apeurer nos futures proies, celles qui étaient encore tapies sous les berges.
Je ne sais plus quelles étaient les règles de cette pêche: nombre de balances autorisées, taille des mailles et taille mini des écrevisses… Mais mon oncle remettait consciencieusement à l’eau les « petiotes » afin de les laisser grandir…
Les autres rejoignaient un récipient dont elles tentaient de s’échapper… je les vois encore grouiller au fond du seau sur les parois duquel elles faisaient crisser leurs pattes.
En fin de journée, fiers de notre butin, nous revenions avec des vêtements un peu crottés et imprégnés des odeurs de notre campagne.
Et avec dans la tête, la douce perspective d’un festin !
Tout comme lorsqu’on vidait périodiquement l’étang de la Forge à Pré en Pail.
On m’avait expliqué que ce petit plan d’eau nécessitait une vidange à espaces réguliers, afin de vérifier les berges, la pale… et le bon développement de ses « habitants ».
Je me souviens avec délices ce travail pourtant difficile, au cours duquel, le niveau de l’eau baissant, on voyait apparaître petit à petit le dos des grosses carpes qui se concentraient là où il y avait encore un peu de quoi s’ébattre. On les capturait à la main ou avec les épuisettes afin de les mettre dans de grands baquets, mais elles se débattaient furieusement, nous glissaient entre les doigts, et nous éclaboussaient avec ardeur. On triait les poissons par tailles et par espèces… On évaluait ceux qu’il fallait remettre à l’eau…
Les anguilles quant à elles se faufilaient dans l’eau boueuse, essayant de regagner la terre ferme afin d’échapper à la capture.
Chacun occupait un « poste de travail » en fonction de ses aptitudes…
Mon grand-père s’était fait une spécialité dans le dépiautage des anguilles par exemple…
Et pour nous autres gamins, quand la hauteur de nos bottes permettait enfin de descendre dans le lit de l’étang, débutait la « chasse » aux écrevisses. Nous avions là en effet un immense avantage sur les adultes,    car nos petites mains permettaient d’aller fouiller les interstices entre les gros cailloux chargés de consolider les berges.
Nos vêtements étaient maculés de vase dont l’odeur prenait à la gorge… mais là encore, la perspective d’un délicieux repas faisait oublier l’aspect un peu pénible de la tâche.
Car cette pêche «  miraculeuse » revêtait un aspect très festif, enjolivé par le caractère joyeux des nombreux membres de la famille participant à cette tradition.
Pas de fête sans repas…
Tout ce petit monde se requinquait au cours d’un délicieux dîner où le poisson tenait bien évidemment une place de choix… mais c’était le moment où ma tante Marie-Thérèse allait apporter le plat avec les écrevisses   qui m’emplissait de bonheur.
On en prenait d’abord plein les narines, plein la vue…. face à ces bestioles qui par magie étaient devenues bien rouges…
Et plein les mains !
Ne parlons pas des indispensables serviettes… pas franchement utiles pour protéger nos vêtements peu présentables, mais pour s’essuyer les doigts !
On commençait rituellement par « licher » tout d’abord le crustacé, afin de le débarrasser de la sauce dans lequel il avait cuit… sauce qui parfois « emportait la gueule » tant elle était forte !
Puis on séparait la « tête » de la queue… on décortiquait même l’intérieur des pinces… où il n’y avait pourtant pas grand-chose à manger… Mais on avait l’impression de « mériter »   ce festin.
Festin de roi.
Qui valait bien la « dégustation » de langoustines… que je fis beaucoup plus tard.
Et qui surpasse de loin le homard que mes parents mirent au menu de ma communion !
 
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Les roulements à billes

3 Avril 2006 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Chroniques des années 50

 

 

Dans les années 50,  nous consommions  à moindre coût, et tout ce qui pouvait être utilisé  en tant que jouet était invariablement détourné de l’utilisation première.

C’est ainsi que nous étions à l’affût des « dépotoirs » ou autres décharges sauvages  que nous visitions avec une curiosité pleine de gourmandise.

Et parmi nos trésors, figuraient les dynamos de vélos dont nous étions très friands.

Les aimants qu’ils contenaient nous fournissaient  des jeux attrayants, voire attractifs, et pas repoussants du tout !

Parmi les expériences les plus magiques,  j’adorais celles réalisées avec la limaille de fer, que nous récupérions  dans la forge   sous les étaux du  père Poché.  Cette limaille qui  s’agglutinait   frénétiquement  sur l’aimant, et qu’il était fort difficile d’arracher !

Si on étalait  la limaille sur une feuille de papier, il suffisait de placer l’aimant dessous pour faire apparaître les belles courbures générées par les  lignes de forces.  On pouvait aussi faire circuler une pièce, une bille d’acier,  ou un bout de métal sur  un circuit tracé  à même la feuille.

Ou bien faire tenir debout un clou posé sur sa pointe ! C’était encore plus rigolo quand on pouvait  se procurer une caboche pour ferrer les chevaux. Qui prenait les allures d’une danseuse exécutant des pointes !!!

Parmi les  autres jouets de récup’   dont nous raffolions, il y avait les fameux roulements à billes !

On les trouvait parfois complètement graisseux, et un petit nettoyage suffisait. Plus délicat lorsqu’ils étaient rouillés, et il fallait se procurer du gas-oil ou de l’essence afin de les dégripper.

Quand ils étaient presque neufs et bien brillants,   ils   devenaient objets de luxe.

J’avais un plaisir immense à faire tourner  la couronnes externe qui émettait un léger bruit, et cela me faisait penser à une toupie. C’était pour moi une petite merveille de mécanique dont je ne me lassais pas.  

Parfois, je m’amusais à démonter  ces roulements afin de récupérer tout simplement… les billes.  Et comme il y  avait des roulement de  tailles fort différentes, nous guettions ceux  qui pourraient fournir  des billes dont le diamètre dépasserait le centimètre ; billes qui  étaient fort prisées pour jouer tout naturellement… aux billes !  Mais elles étaient lourdes dans la poche.

On les enveloppait dans nos mouchoirs, pour parer à toute défaillance… mais parfois elles s’échappaient subrepticement  de nos pantalons au beau milieu d’une leçon… et même sur le plancher de la classe,  leur bruit caractéristique  attirait inévitablement l’oreille affûtée du Maître ; les rebondissements impromptus  de la petite sphère  déclenchaient  quelques rires parmi les camarades. Il va sans dire que cette perturbation était sanctionnée par des tours de cours à la récré, voire un « verbe » qu’il fallait « conjuguer à tous les temps tous les modes », en soignant l’écriture, sinon, c’était à refaire….

C’est grâce  à cela que j’ai appris le merveilleux subjonctif… il était nécessaire que les instituteurs   me pardonnassent !!!

 

 

Mais le fin du fin, c’était les roulements à billes  d’un diamètre  important, ceux avec lesquels on pourrait   fabriquer une « caisse à savon ».

 

 

Je me souviens d’une fois où nous avions récupéré quatre de ces roulements, et  nous entreprîmes de réaliser  une voiture.

Auprès de mon père nous nous procurons  une caisse ayant contenu de la dynamite… une barre de bois clouée sous  l’arrière, sur laquelle on emmanche deux roulements.  Deux autres roulements  à l’avant sur une barre de bois  articulée par un gros boulon…  une ficelle  de lieuse en guise de « rênes »…  Quelques inscriptions à la peinture sur les côtés de la caisse… et roule petit bolide.

La côte vers Pommerieux était alors une magnifique piste  dont la descente était utilisée  pour  réaliser nos exploits.

A tour de rôle nous hissions notre « caisse », les plus téméraires se mettaient bien en haut, les plus timides se contentaient de la mi-pente.

 

 

C’est lors d’une de ces « compétitions » que ma soeur Marie-Jo  vint nous rejoindre. Le petit bourg étant surtout peuplé de garçons, elle  cherchait  bien évidemment  des compagnons de jeux.

Et devant nos mines réjouies, elle avait compris que nous avions un immense plaisir, qu’elle aurait bien voulu partager.

Elle fit tant et si bien que nous acceptâmes de lui prêter notre « caisse à roulettes »… pour une seule et unique descente !  On veut bien partager, mais quand même !!!

Rapidement, nous donnons les consignes :

 « Pour tourner à droite, tu tires sur la ficelle à droite ; pour tourner à gauche…

-         Et pour s’arrêter ? demande-t-elle timidement.

-         Ben c’est pas difficile, tu tournes à droite en direction du bourg, ou à gauche en direction de Mée, ça devient plat, ça va forcément s’arrêter ! »

-         D’accord ! »

 

Elle s’installe dans le baquet, nous la poussons un petit peu… et  nous courons derrière pour suivre l’engin qui entame sa descente dans le bruit infernal des roulements à billes caressant directement  le goudron…

Et petit à petit,   la vitesse augmente, la caisse commence à zigzaguer… Marie-Jo semble  ne plus trop maîtriser l’engin qui infléchit sa course sur la gauche….

En un instant, j’entrevois la catastrophe : un grillage disjoint, et juste au-dessous, la mare à canards de chez Bellanger.

Je n’ai  le temps que de filer un coup de pied sur la barre de direction afin d’envoyer le bolide vers la droite où se trouve un fossé,  puis de cramponner ma sœur par ses vêtements afin de stopper l’attelage.

 

 

Ma sœur me rappelait encore tout dernièrement cette aventure qui lui procura une belle frayeur,  et m’avoua combien elle avait été dégoûtée des jeux de garçons…

Pour un temps, s’empressa-t-elle  d’ajouter !!!
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Les cabinets

2 Avril 2006 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Chroniques des années 50

 Lorsque j’étais écolier et que j'habitais Chérancé, je me souviens avec  « délices » des cabinets.

L’édicule  était relégué au fond du jardin, loin des narines, et son voisin était tout naturellement le tas de fumier sur lequel s’amoncelaient les  déchets ménagers que l’on n’avait pas pu donner en nourriture aux animaux.

Ces adorables cabinets  provoquaient chez moi une sorte de peur panique lorsqu’il fallait nécessairement les utiliser, et je ne suis pas loin de penser qu’ils sont à l’origine  de la constipation chronique dont je souffrais à l’époque.

Je ne les trouvais guère accueillants.

Une simple  planche de bois sur laquelle on s’asseyait, bien lisse à l’endroit où les fesses avaient   l’habitude de se poser; un trou bien rond qui offrait une vue plongeante sur le contenu de la fosse, mais que l’on recouvrait  avec un lourd couvercle de bois lorsqu’on avait terminé l’opération.

Souvent accrochées par un coin  à un simple bout de fil de fer, des pages de journaux coupées en morceaux. Au milieu d’autres lourdes senteurs, ces périodiques  puaient l’encre d’imprimerie; ils auraient pu à l’occasion  meubler utilement  le temps consacré à faire ses besoins. Mais pour ma part,  je les survolais rapidement, n’ayant que fort peu envie de séjourner longuement dans l’endroit.

L’hiver, ces cabinets étaient agréablement ventilés par les nombreux courants d’air qui pouvaient s’engouffrer par tous les orifices.

L’été, la chaleur exacerbait les senteurs profondes de la nature.

Afin d’assurer à l’occupant un minimum d’intimité ou de confidentialité, la porte était maintenue fermée  de l’intérieur par une pièce métallique recourbée, voire un simple  bout de fil de fer.

Et l’on pouvait s’émerveiller de voir combien ces indispensables  portes faisaient preuve  de créativité. Le talent artistique des gens avait généré  des ouvertures très décoratives, allant du petit cœur au simple carré, en passant par l’as de trèfle ou l’as de pique.

Chaque famille possédait ses propres cabinets, personnalisés!

Je me souviens d’une famille à qui mes parents rendaient visite, qui possédaient des cabinets à deux places côte à côte. Une place avec un grand trou pour les adultes, et une place avec un petit   trou pour les enfants.  Adorable… (Venaient-ils faire leurs besoins à deux?)

Mais cet aménagement  luxueux ne m’encourageait pas davantage à utiliser  leurs  lieux d’aisance.

Les cabinets recevaient chaque matin la visite de la mère de famille qui venait vider le seau hygiénique  émaillé que certains membres utilisaient  durant la nuit.

Cela me remet en mémoire ma découverte de la « tinette ». Lorsque je fus contraint d’aller chez ma tante à Mèze dans l’Hérault, je fus surpris d’entendre chaque matin le bruit d’une charrette que tirait un petit cheval. Je découvris à l’occasion qu’un homme conduisant l’attelage passait ainsi quotidiennement dans les étroites rues pavées de la vieille ville, qu’il s’arrêtait devant chaque seau hygiénique placé devant la porte des maisons, et après s’être assuré qu’il y avait bien une pièce glissée sous le seau, il la mettait dans sa poche et déversait le seau dans sa citerne…

Métier suffisamment  lucratif  pour nourrir son homme et  sa famille? Je n’en ai jamais rien su. Mais dans nos villages de l’Ouest, je n’avais jamais constaté une telle pratique.

En tout état de cause,  chez nous en Mayenne,  à force d’utiliser nos  fameux cabinets… il était nécessaire de surveiller leur état de remplissage, afin d’empêcher leur débordement:  il  fallait donc  songer à  les vider.

Cette  plaisante opération s’effectuait avec une « vouillette », sorte de seau métallique muni d’un long manche…

Les volontaires ne se bousculaient pas au portillon.

 

Mais l’Homme m’a toujours étonné par son génie créateur.

Au cours de mes années « 50 » les gens créaient donc de nombreuses  entreprises.  Et le faisaient savoir en affichant sur leur maison  une plaque : « Entrepreneur de…. »  tout comme mon père qui arbora le panonceau: « Entrepreneur de Travaux Publics »

C’est ainsi que l’on vit fleurir des « entreprises de vidange ». 

On commença donc à voir arriver des petits camions dotés d’une citerne avec lesquels  les vidangeurs entamèrent la tournée des cabinets de tous les villages  du canton, offrant par la même occasion une séance aromatique gratuite à tous les habitants.

Un gros tuyau traversait parfois les pièces d’habitation pour relier la citerne aux cabinets, et rien qu’en voyant les soubresauts du caoutchouc on percevait  très nettement les pulsations de la pompe mécanique.

Le soir, pour dormir… On avait beau aérer…

Son travail terminé, le vidangeur  s’en allait;  mais que faisait-il ensuite de son « précieux » chargement?

Mon père m’expliqua un jour que le vidangeur était un type plein d’astuce doublé d ‘un excellent commerçant: il se faisait payer  une première fois pour débarrasser  les gens de leurs déchets, mais il se faisait payer une seconde fois lorsqu’il répandait son chargement sur un champ afin de l’engraisser!

Ainsi donc le vidangeur « s’engraissait » doublement…

Il fallait y penser.

Et mon père d’ajouter avec malice : « On dit que l’argent n’a pas d’odeur…hein??? »

Mais  le progrès se montre parfois cruel avec les travailleurs  besogneux : petit à petit, les gens s’équipèrent en fosses septiques, les communes  mirent en service des WC publics et  firent creuser les rues afin d’installer le  tout à l’égout… Supprimant par la même occasion une source de revenus à notre ami vidangeur.

Ainsi donc, face à une crise économique qu‘il n‘avait pas "senti" venir et qu‘il ne pouvait maîtriser, le « pauvre » vidangeur fut obligé de s’adjoindre des activités annexes, voire de   changer carrément de métier : c’est ainsi qu’il investit dans d’autres types de camions pour devenir déménageur, transporteur, livreur de fuel... 

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