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Photo / VTT / Billets d'humeur /  Géocaching / Modélisme / Années 50
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Partageons l'ascendance

14 Septembre 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Humour et modélisme

Je vous ai fait part tout dernièrement du spectacle que m’avaient offert quelques buses lors d’une séance vol de pente. (voir sur le blog : « Ballet aérien »)
Je suis sorti à nouveau hier, sur un autre site.

J’ai pu, là aussi,  observer des buses, mais dont le comportement était tout autre. Ici, pas de chasse, pas de dog-fight.  Rien que du vol à voile au cours de cette séance.
Et puis j’ai pu observer aussi quelques corvidés qui, lorsqu’ils délaissent leur vol battu un peu lourdaud, se montrent également très fins voiliers.

 Et puis…  une situation que j’avais déjà pu remarquer : à certains moments, pas un seul nuage dans le ciel… ce qui ne facilite pas le repérage des ascendances.  Mais mon planeur en touche une, je le centre… et ça grimpe… sur fond de ciel tout bleu.  C’est alors qu’apparaissent très furtivement de nombreux  « éclairs » blancs, visibles  pendant toute la durée où j’ai pu exploiter ce thermique « bleu ». Des étoiles filantes en plein jour!
Me tromperais-je énormément en pensant qu’il s’agit du ventre blanc des hirondelles ?
Un véritable « nuage » beaucoup plus haut que mon planeur!
Je suppose qu’elles étaient là  au moins pour deux raisons, (voire une troisième: la paresse!)

-  1-       
économie d’énergie:  puisque ça « plane » tout seul  sans trop se fatiguer!
-  2-        
réservoir de nourriture providentiel,  puisque les moucherons doivent se trouver « absorbés » par l’ascendance : suffit de les gober !

Et puis un peu plus tard, ma découverte du jour, plus surprenante sous nos latitudes mayennaises.
Alors que mon planeur grimpe gentiment, j’aperçois au-dessus de lui un bel oiseau qui tournoie.
Majestueux.
A la taille, on pourrait penser à  un héron, devenu très commun dans nos contrées…
Mais je suis persuadé que ce n’était pas  un héron; pour les  raisons suivantes:
-         
le plumage  de l’animal comportait des zones blanches très nettement visibles ;
-         
et le cou! Chez le héron en vol,   le cou prend la forme caractéristique d’un « Z » replié vers le corps, si bien que le « fuselage » semble un peu plus trapu.  Ici, le cou était longuement étiré avec le  bec en prolongement. Et les pattes finissaient de profiler  agréablement la longue silhouette.

Mon hypothèse ? Il pourrait s’agir d’une cigogne, d’autant plus que la  presse locale  en a signalé une il y a quelques jours, posée dans le champ d’un agriculteur  mayennais,  à quelques dizaines de km d’ici…

Ma"  cigogne a pris un max d’altitude puis, après avoir consulté son ordinateur de bord,  son GPS et son altimètre,  elle a jugé qu'elle pouvait rejoindre une autre ascendance lui permettant de progresser vers les pays chauds. Elle a donc mis le cap au Sud, vent arrière pour aller plus vite,  et je ne l’ai pas revue.
Dans le domaine du vol à voile, certains  oiseaux sont de véritables champions dont l'Homme s'est inspiré!

Grandes manoeuvres des hirondelles...
Un  cigogne   qui file vers le Sud...
Tout cela  venait soudain de me faire prendre conscience que nous étions en pleine période  migratoire.
Avec des techniques fort différentes.
Les hirondelles se déplacent en voyage collectif, et ravitaillement en vol...
La cigogne quant à elle adoptant plutôt la philosophie du routard, avec obligation de se poser périodiquement pour effectuer des escales techniques afin de se procurer  l'indispensable  nourriture.

Mais plutôt que de tomber dans la morosité au constat de cet été qui se meurt lentement, j'ai  pensé qu'il était préférable de savourer mon plaisir.


Le partage  de l'ascendance   permet  en effet  de bien jolies découvertes,  et procure d'immenses joies.


 

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Ballet aérien

10 Septembre 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Billet d'humeur

Je reviens tout juste de la pente dite « La Roche ».
Le vent annoncé de SSO était bien présent, donc un poil travers gauche,  et à mon avis nettement  plus fort que prévu par la météo.
Dans ces conditions, ce ne fut pas un plaisir que de piloter ! Les arbres sur la gauche au bas du pré généraient de « joyeuses » turbulences qui se répercutaient très haut en altitude !

J’ai abandonné au bout de 25 minutes, le planeur roulant d’une aile sur l’autre, prenant 20 mètres d’un coup vers le haut, ou encore chutant d’une hauteur équivalente,  le nez en l’air...

Curieuses sensations.
Je ne me souviens pas avoir connu de telles conditions sur cette pente…

Mais j’ai eu droit à un spectacle fort intéressant : des petits oiseaux de proie se sont livrés à des « danses » étonnantes, mêlées de cris stridents. (Des piaulements?) Tels des pilotes de chasse, ces voltigeurs  semblaient foncer l’un vers l’autre, puis l’un d’eux esquivait, l’autre revenait à la charge, effectuant des manoeuvres très vives. Ils étaient parfois trois à « danser » ainsi.
A d’autres moments,  ils partaient seuls, et s’immobilisaient au-dessus du pré… puis  repliant brusquement la voilure, ils se laissaient tomber comme un caillou… et repartaient tout aussi spontanément vers les airs.  (*)


Peu après son "touch and go", un rapace a laissé échapper quelque chose… un mulot ???  
J’ai beaucoup regretté de ne pouvoir filmer…


Toujours est-il que si je n’ai pas totalisé beaucoup au niveau du vol… j’ai pris un intense plaisir à voir évoluer ces acrobates !
Sur le chemin du retour, mon sac à planeurs en bandoulière et mon émetteur dans le sac à dos,  j’ai baguenaudé, m’arrêtant de-ci de-là pour glaner quelques noisettes,  picorer de jolies  mûres …


 
Mes doigts se sont teintés en  violet

Et comme par enchantement sont revenues les douces senteurs de la rentrée scolaire;

l'encre,  la craie, le parquet au brou de noix...

 

Les noix? mais oui... 
Au creux de ce même petit chemin, dans quelque temps,  les noix seront au rendez-vous…
Mais auparavant,  ce sera les châtaignes....


 
Ce petit chemin,  qui sent la noisette…

 
(*) A partir de ce site, (http://rjmonneret.free.fr/Rapaces/Buse/PageBuse.html 
il m'a suffi de  cliquer sur "piaulant", afin d'obtenir exactement le cri que j'ai entendu ce jour-là! 
Lien direct:
http://rjmonneret.free.fr/Rapaces/Buse/PhotosBuses/buse_var.mp3
Autre site:
http://www.oiseaux.net/oiseaux/buse.variable.html

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On peut (parfois) avoir de la chance

2 Septembre 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Humour et modélisme

 

 

La veine, le bol, le pot, le « cul », l’aubaine, la baraka, la  bonne étoile, l’heur…

Autant de termes pour évoquer le bon heur, face au  mal   heur…
La déveine ?
C’est quand nous descendons sur le sable à marée basse un soir où la mer est calme, le Polyclub « sous le bras » afin de le faire évoluer dans la quiétude du soleil couchant… avec  l’espoir de réaliser  quelques photos… et quand, sortant l’appareil photo numérique (APN) de sa sacoche,  mon petit-fils  Maxence me dit :
« Regarde, Papy, l’appareil, il est bizarre… il était pas comme ça hier… »
Ben non… l’écran à cristaux liquides est envahi par des taches noires, et il n’affiche plus d’image. Il est brisé... Totalement hors service!
Pas de bol…
Dans la mesure où cet APN ne dispose pas de viseur optique, j’ai tout de même pris quelques clichés, au jugé, pour voir… et nous sommes remontés lentement  au camping, un peu dépités.
Vérification à partir de l’ordinateur :  mon Kodak prend encore des clichés…

Quelle aubaine…
Faire réparer l’appareil ? C’est presque  le prix d’un neuf !
Pas de pot !
Mais je ne suis pas du style à balancer vite fait vers la déchetterie, n’est-ce pas Vincent ? Toi qui dis en me raillant quelque peu : « Tu es comme ma mère, tu fais durer ! »
J’ai donc décidé de donner une seconde vie à mon APN en l’installant  sur un motoplaneur électrique afin de faire de la photo aérienne. L’écran ne renvoie plus d’image ? Ce n’est pas très gênant, puisque tout là-haut, je ne peux pas coller mon œil derrière l’appareil afin d’opérer le cadrage…
C’est une chance, non ?
Mon petit Kodak a ainsi  vaillamment repris du service, installé sur un Easy Glider en Polypropylène Expansé que propulse un moteur électrique.
Six millions de pixels… c’est quasiment du luxe… m’enfin.
Profitant du beau temps, cela fait deux jours que je mitraille, et la carte mémoire de 1 Go permet de mitrailler énormément. De retour au sol, on   « décharge » les photos vers l’ordinateur, et là commence un long travail de tri, car il y a énormément de déchet.

Hier, le vent était Sud-Ouest : je suis sorti avec deux modèles en direction de la pente nommée « La Roche ». Un coup d’Easy Glider et prise de clichés. Puis un coup de Vény, planeur « antique » puisque sorti de mes ateliers en décembre 1998.   Voyez que je « fais durer… »
Lorsque grisé par les bonnes conditions météorologiques, je lance mon « Vény » dans une série d’acrobaties frénétiques ; et au cours d’un tonneau… je vois le planeur qui « abandonne » un truc noir. Vite, je tâte les commandes… et le modèle répond encore.
C’est une chance, non ?
Parce que, en un éclair, m’est revenue cette anecdote :
C’était au temps où l’on utilisait la piste de Boyère. En fin de journée, mon copain Noël me dit : « Tiens, le remorqueur  Bison a encore du carburant, amuse-toi avec… »
Je fais décoller les 5 kg de l’engin, et j’entame une série de tonneaux, puis des loopings très grands, bien ronds… Quand au cours d’un loop, alors que le modèle arrive en haut de la boucle et qu’il est sur le dos, je vois un bidule se détacher du Bison. Vite, je coupe les gaz… pas de réaction… je tire à la profondeur, pas de réaction… je balance un coup d’aileron, pas de réaction…
Manque de bol !
Le diagnostic est facile à faire : on vient de « larguer » l’accu de réception !!! La liaison  radio ne répond plus.
C’est alors que je crie à Noël : « Mais t'’as pas mis un accu de secours ?
- Heu... ben.. si... bredouille le pauvre Noël qui voit déjà se profiler la catastrophe...  y’en avait un…  mais... mais,  j’en ai eu besoin pour équiper un autre modèle… »
Quel mal-heur…
C’est ainsi qu’après avoir effectué un nombre impressionnant de boucles au cours desquelles le moteur se mettait à hurler dans la descente, le Bison a fini par  emplafonner la planète, avec les dégâts que l’on imagine. Mais en ne heurtant ni maison, ni véhicule,  ni être humain.
C’est une chance, n’est-ce pas ?
Revenons-en à mon planeur Vény. J’ai vite compris qu’il venait simplement de perdre le capot avant. Elément passif qui n’entrave pas la liaison radio.
Alternativement je jette un coup d’oeil sur le planeur, un coup d’œil sur le capot qui virevolte en descendant. Mais le Vény privé de quelques grammes à l’avant est devenu centré arrière, et son pilotage est plus pointu.
Malgré tout, je parviens à le poser impeccable grâce aux aérofreins crocodiles très efficaces. J’entame alors la  descente dans le pré vers la  direction où je présume pouvoir retrouver mon capot-fugueur.
Et au bout de 100 mètres, pile poil devant mon pied gauche, qu’est-ce que je vois ? Le  bidule noir que je cherchais ! Pensez que s’il était tombé deux mètres avant, il aurait été absorbé  par une végétation luxuriante qui ne m’aurait pas permis de le retrouver.
Ou bien j’aurais pu partir un poil plus à gauche, ou un poil plus à droite…
Le bol, le coup de « cul ».
J’ai remis le capot en place. J’ai fouiné dans mon sac, et j’ai trouvé un rouleau d’adhésif. Curieusement, c’est un accessoire que je n’emporte jamais…
Quelle chance !
J’ai donc assuré la fixation du capot avec un brin d’adhésif, et j’ai relancé mon planeur vers les ascendances.
Il m’a procuré une heure de vol…

Comme quoi, on peut  avoir  aussi de la chance !!!

Et éprouver quelque bon-heur….

PS: un lien vers l'album photos, avec des vues qui
m'intriguent...

http://picasaweb.google.fr/Bernardino53/EasyGliderEtPhotoARienne

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Le canal du Nivernais à vélo

13 Août 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Billet d'humeur

Pourquoi  éprouver du plaisir à longer les rives d'un canal juché sur une bicyclette, ou à pied?

Je répondrais aisément avec ces quelques  mots: pour le simple plaisir de prendre son temps!   Et de façon futile...
Ici, on vit au rythme de l'eau    et  à la vitesse des bateaux,  qui ne dépassent pas 8 km/h.

On taquine les pêcheurs, pour lesquels le temps prend une dimension différente.
On prend son temps pour admirer le paysage, la faune, la flore...
On prend son temps  pour échanger quelques mots avec l'éclusier; qui vous apprend les subtilités de son écluse,  dont la vantelle "amont" est difficile à remonter... la porte aval lourde à mettre en marche...


On bavarde avec les plaisanciers, qui vous demandent un coup de main pour  passer la corde autour du bollard, cette  grosse bitte  d'écluse,  afin de retenir leur embarcation pendant la manoeuvre.

On échange des souvenirs avec les autres pédaleurs ou bateliers, qui évoquent d'autres canaux... et très fréquemment revient  le célèbre site de Fonsérannes près de Béziers...  un escalier d'écluses impressionnant, tout autant que celui de Port-Brûlé.

Je tire ma révérence devant ceux qui ont imaginé le système de l'écluse: faire "remonter" un bateau, en utilisant de l'eau qui "descend" par nature...  Tout comme pour l'oeuf de Colomb, il fallait y penser.

Je reste admiratif face au travail réalisé par les bâtisseurs de canaux, qui avec des moyens "rustiques", ont élaboré ce que j'appelle des chefs d'oeuvres. (Le canal du Midi n'est-il d'ailleurs pas classé au patrimoine Mondial?) Ces "terrassiers"  n'avaient pas de pelles mécaniques, pas de laser pour contrôler les niveaux, et le GPS leur était inconnu.

Et je me plais à constater  qu'un canal s'insère parfaitement dans son environnement: il lui a parfois simplement suffi de détourner ou suivre un cours d'eau, mais jamais il n'a provoqué des plaies béantes telles que le font autoroutes ou voies TGV.
Jamais un canal n'est passé en force: il ignore les longs viaducs ou les profondes tranchées que se permettent les hommes contemporains, poussés qu'ils sont par l'impérieuse nécessité de développer les transports "à grande vitesse".  Si l'on compare à David et Goliath, un canal, c'est David, tout en finesse et en subtilité.

Se promener le long d'un canal? Plaisir nostalgique à un âge où la nature m'oblige à  "courir" moins vite?  

Mais je ne suis sans doute pas le seul à aimer. 
Si j'en juge par la fréquentation apparemment croissante de ce canal... et des autres voies navigables de France.
De très nombreux Britanniques le sillonnent sur leur propre bateau. D'autres louent des pénichettes, et enfin les plus fortunés s'offrent des croisières  de luxe afin de savourer la gastronomie de la Bourgogne.

Des familles entières enfourchent des vélos surchagés, s'arrêtant le soir dans un camping   pour  repartir le lendemain. C'est ainsi que nous avons croisé ou suivi des gens qui avaient "fait"  plusieurs canaux de France.
Sur des vélos "allongés", sur des vélos "normaux", sur des tandems tractant remorque...
Et tous avec le même sourire de satisfaction.

Et puis un canal permet de comprendre la géographie ainsi que l'économie locale. Du camping de  Coulanges sur Saône où j'ai séjourné quelque temps, je pouvais  voir simultanément  trois voies de communication étroitement liées: le canal, la voie  ferrée et la route. Empruntant tous les trois la même vallée.
Sur le premier, les pénichettes des vacanciers avançaient paisiblement.  Le rail véhiculait des passagers avec le  TER très coloré de la région Bourgogne, et des motrices tractaient  de longs convois avec  des billes de bois ou bien des wagons à l'enseigne de "Transcéréales". Les camions quant à eux se chargeaient de transporter les autres produits  de cette Bourgogne dont  je pourrais résumer la richesse par ces mots: vignobles, bois et forêts, céréales, production bovine et... tourisme. Le tout observable depuis les rives du canal selon l'endroit où l'on se trouve.

A propos de tourisme,  vous pourrez trouver ci-dessous  un petit reportage photographique réalisé lors  de notre séjour en juillet/août 2008

http://picasaweb.google.fr/Bernardino53/CanalDuNivernais


Et puis pour conclure, oserais-je écrire  que la fréquentation d'un canal constitue une excellente cure de sagesse? Une sorte de "canalothérapie" tout aussi bénéfique que la thalassothérapie!
Un possesseur de péniche ne me disait-il pas un jour: "Séjourner  aux abords d'un canal, c'est un art de vivre."
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Notre humeur change plus souvent que notre fortune

4 Août 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Billet d'humeur

« Notre humeur change plus souvent que notre fortune »

Pourquoi emprunter à Jules Renard le titre de cette nouvelle rubrique? Tout d’abord parce que c’est un compatriote puisqu’il est né en Mayenne. Et ensuite parce que notre ami Jules est parti pour la Nièvre à l’âge de deux ans… Département dans lequel je séjournais à ce moment-là, non loin du village de Chitry les Mines, dont il fut d’ailleurs le Maire…

Un beau matin donc, je pose le pied droit par terre au moment du lever, et je prends cela comme un signe de « bonne fortune »: je me dis alors que la journée s’annonce agréable.

En milieu de matinée, ma femme me demande de faire quelques courses: aller récupérer la boîte de médicaments commandée la veille à la pharmacie du village, et prendre du pain à la boulangerie.

L’humeur vagabonde et lutine, je pars donc vers la première de mes destinations.

J’entre dans la pharmacie… et mon « Bonjour » croise celui de la jeune préparatrice.

« Je viens pour… »

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase que je vois émerger une tête dans l’arrière boutique. Avec un large sourire, la patronne de la pharmacie m’adresse un gracieux bonjour et tend la boîte à son employée:

« Nous l’avons bien reçue ce matin… Bonne journée à vous, Monsieur!» Et elle s’en retourne mettre de l’ordre dans ses tiroirs.

Je fais l’appoint en monnaie… La préparatrice me rend quelques billets, et je quitte la pharmacie, après avoir adressé à ses occupantes quelques mots que je pense être empreints de civilité…

Puis, le cœur léger, j’entame la descente de la rue principale pour effectuer ma seconde mission.

A la porte de la boulangerie, je croise une dame, que je salue, qui me répond, et qui tient la porte pour me permettre d’entrer; je la remercie, et me voilà au milieu des pains, des boules et des miches.

« Bonjour Madame… »

Pas de réponse.

Derrière le comptoir se trouve un femme dont je n’aperçois alors que le buste et les cheveux au sommet du crâne. Penchée sur son tiroir-caisse elle fournigote afin de ranger ses piécettes.

Elle est boudinée dans un tablier de plastique transparent… qui lui sied tel un préservatif difforme.

Ayant mis fin à son rangement, elle se redresse soudain et découvre son visage, qui laisse alors échapper cette succincte apostrophe: « Monsieur?»  

Dois-je comprendre que cette avarice de mots signifie tout à la fois: 

« Bonjour Monsieur, que désirez-vous? »  

J’ai toutefois eu le temps de jeter un rapide coup d’oeil sur les étagères… mais je pense ne pas avoir aperçu ce que je suis venu chercher…

C’est pourquoi, je glisse timidement: « Vous n’auriez pas une baguette aux céréales?

- Non, pas aujourd’hui! »

Réponse sans appel!!!

« - Tant pis, dis-je alors, donnez-moi une baguette normale.»  

C’est alors que se ravisant, la commerçante me lance: « Ah, mais si vous voulez, j’ai de la baguette campagnarde… »

Et elle pointe vaillamment avec son index une bannette où se trouvent rangés quelques pains, hors d‘accès pour sa main.

Je propose alors:

« Je me sers?

- Oui! C’est un Euro dix! »

Mais j’ai eu le temps de lire l’étiquette manuscrite où une main malhabile a tracé « 1.05€ »

Surpris, je dépose ma monnaie sur le comptoir; et allez donc savoir pourquoi, je me risque à dire, peut-être sur un ton laissant transparaître ma mauvaise humeur qui va crescendo: « Ben faudra changer votre étiquette…

- Ah bon, pourquoi? me lance le cerbère.

- Vous me réclamez 1.10 et c’est écrit 1.05... »

Je la sens prête à mordre.

Et sur un ton féroce, elle me rétorque:

« Oui, et alors? Je vous ai rendu 5 centimes… je vous ai donc fait payer le prix indiqué. »

Et moi, comme un couillon: 

« D‘accord, mais je vous ai donné 1.20€…»

Elle a grommelé je ne sais quoi, mais considérant que l’échange était terminé, elle a nerveusement repoussé avec son abdomen le petit tiroir-caisse, qui s’est ainsi refermé bruyamment, tel une machine à sous qui vient d’avaler vos derniers jetons.

Infortuné jackpot…

Fort marri, j’ai tourné les talons.

Et je suis sorti de la boutique… sans le moindre mot de politesse, il me semble.

Depuis cet épisode malheureux, j’ai parfois eu l’humeur maussade, et j’ai eu largement le temps de consulter le Petit Robert à propos des « humeurs ». Ne donne-t-il pas dans ses différentes rubriques celle qui figure ci-dessous:

L'HUMEUR,

considérée dans ce qu'elle a de spontané, d'irréfléchi, et opposée à la raison, à la volonté…

Ah, si la boulangère avait répondu à mon « Bonjour madame »

Ah, si elle avait eu de la baguette aux céréales…

Ah, si je n’avais rien dit à propos du prix…

Ah…si l’aimable pharmacienne avait aussi vendu… du pain!

J’aurais peut-être dû justement retourner à la pharmacie, mais pour demander un médicament contre les mauvaises humeurs.

Je reviens cependant vers Jules Renard, qui écrivait:

Notre humeur change plus souvent que notre « fortune».

Je ne sais si ma boulangère aura vu sa « fortune » changer dans le bon sens; toujours est-il que la mienne a été amputée de 10centimes. Bof!

J’ai été contraint de faire contre mauvaise fortune bon cœur…

Mais le plus gênant dans tout ça, c’est que suite à mon passage dans la boulangerie, mon humeur avait effectivement changé, plus vite que ma « fortune » !

Et pas dans le bon sens!!!

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La marie-salope

2 Juillet 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Billet d'humeur

 

Fouiner dans le vocabulaire est pour moi une activité tout aussi naturelle que celle qui consisterait à aller aux champignons.
J’ai pour les  mots une certaine tendresse qui consiste à les « sentir », les soupeser, les retourner, les déformer, les étirer…
Source de plaisir que certains qualifieront de futile…  Peu importe !
Mais j’ai comme l’impression d’avoir fait au moins un émule. C’est un petit bonhomme qui  se nomme Maxence ; il  m’accompagne fort souvent dans mes promenades à pied ou à vélo.

Et qui observe…souvent questionne, et parfois étonne...
Il avait dans les cinq ans. Nous nous trouvions à faire le tour des remparts de Sainte Suzanne,  cité médiévale proche d’Evron.
Lorsque, avisant un haut mur imbibé d’eau, le gamin  se campe sur ses deux pieds, et  déclare fort  judicieusement :
« Ils auraient pu y mettre une gargouille,  à cet endroit ! »
Ma femme  étonnée l’interroge :
« Mais comment connais-tu ce mot ? »
Et le gamin de lui répondre le plus naturellement du monde :
« Ben… c’est facile : un jour on passait devant l’église à Bais, et j’ai vu des drôles de figures  qui débordaient du toit… j’ai demandé à Papy ce que c’était, il m’a dit que ça s ‘appelait  des gargouilles, et il m’a expliqué à quoi  ça servait… Après,  on a  fait tout  le tour de l’église pour les observer,  et c’était rigolo, parce qu’elles étaient toutes différentes… Des jolis monstres ! »

Je m’imaginais que tout cela avait été oublié… que nenni ! Il avait enregistré très correctement.
Mais hier sur le halage de la Mayenne, la situation était différente.
Nous étions partis tous les trois effectuer une balade à vélo.
Promenade facile, car il n’y a pas de côtes. Mais promenade réservant quelques surprises, au cours de laquelle on peut mettre en éveil autant les yeux que les oreilles ou  le nez…
Ici, une maman cane traînant derrière elle sa récente couvée. Là, un goéland fiché sur un plot rouge balisant une écluse. Dans le lointain, un  coucou semblant répondre en écho au clocher du village situé sur l’autre rive… et puis l’odeur tenace et un peu âcre de la vase.

Vous  ne tarderez pas à comprendre pourquoi.
Notre balade démarre donc  à l’écluse très fleurie de Saint Beaudelle,  où nous découvrons une péniche portant sur l’avant  le nom de  « Florence » ; elle est à plein dans le sas, au maximum du gabarit.
Ses deux matelots  discutent avec l’éclusière et un responsable des voies navigables… Nous comprenons alors que cette péniche équipée d’une grue est chargée de curer le lit  de la Mayenne.
Elle finit de  franchir la porte amont et   remonte vers Mayenne : nous n’avons assisté  qu’à la sortie de l’écluse… dommage !
La promenade commence alors réellement, et nous conduit en aval vers des méandres aux rives escarpées. 
A l’écluse de la Roche, nous effectuons une halte un peu prolongée
 car,  à droite de l’ancien moulin,  nous avons la surprise de voir émerger  un homme-grenouille. Il   s’affaire au pied d’un   batardeau à l’intérieur duquel travaillent quelques ouvriers. Arrive alors un petit bateau de plaisance. L’éclusier sort afin d’effectuer la manœuvre. Et nous engageons la conversation. Nous apprenons  ainsi que les travaux sont destinés à installer une micro-centrale électrique….
Le gamin n’en perd pas une miette, et assiste à toute  la manoeuvre.  Nous descendons vers l’écluse  de Boussard, où nous découvrons une autre micro-centrale, avec son poste transformateur. Quelques explications nous sont fournies sur des panneaux documentaires.
C’est là que nous faisons demi-tour.  Nous rattrapons assez rapidement  le petit bateau… qui  navigue à 8 km/h… et nous effectuons ainsi un bon bout de chemin en sa compagnie. Mais Maxence, amusé par cette lenteur,  décide finalement d’accélérer.  Le compteur du vélo affiche maintenant …16km/h. Nous allons deux fois plus vite que le bateau !

Quelques kilomètres encore, et nous voici maintenant  revenus à notre point de départ. L’éclusière tient  une petite boutique  avec du pain bio, de la pâtisserie, des boissons fraîches…
Nous nous installons à une table, et  pendant que nous nous désaltérons… nous voyons  redescendre la péniche « Florence »,  qui lance un coup de corne à l’intention de l’éclusière.

Cette fois, nous aurons  tout loisir d'observer la totalité de la manoeuvre.

A la sortie de l’écluse, « Florence » marque un arrêt. Le godet de sa grue plonge dans la rivière,  remontant des branches ou des alluvions  vite déchargés dans ses soutes.
La scène mobilise quelques autres promeneurs, qui y vont de leurs commentaires…

 

Et pendant tout ce temps… je tends le dos à une question. Pourquoi le gamin ne me demande-t-il pas  comment on appelle ce genre de bateau ?
La manoeuvre est maintenant  terminée…  « Florence » entame sa re-descente vers Laval ;  le petit bateau blanc que nous avions rencontré  et que nous avions « semé » se présente alors devant l’écluse de Saint Beaudelle.
Ma
is je n’ai pas eu la question… celle que j’attendais, et que je redoutais tout à la fois !
J’en suis quand même  presque ravi ! Parce que Maxence sait lire maintenant : il  découvrira au travers de ce texte le nom peu flatteur donné aux chalands destinés à curer les ports ou les rivières.

Notre bateau est une… marie-salope.

J’imagine déjà  la réaction du gamin...
Et le plaisir qui va avec.


http://picasaweb.google.fr/Bernardino53/LaMarieSalope

http://picasaweb.google.fr/Bernardino53/LaVallEDeLaMayenneEnAutomne

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Le peu de la fourchette

20 Juin 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Billet d'humeur

Lorsque je me promène, que ce soit à pied ou à bicyclette, je ne manque pas de m’arrêter devant le moindre détail  insolite.

A croire que je ne cherche que cela.

Et dans ce domaine, je dois dire que l’Ile de Ré offre au curieux que je suis tout ce dont il a besoin !

Pendant mon séjour, j’ai donc eu  largement de quoi me divertir, aidé en cela par les villages  fleuris de nombreuses  roses trémières, dans  un dédale des  rues permettant  de se perdre (in)volontairement...  Ce  qui procure une plaisir toujours renouvelé de rencontrer  des plaques arborant des  noms qui me réjouissent.

C’est ainsi que je suis arrivé un jour au Carrefour  des bonnes femmes… (La Flotte en ré)

Ou bien dans la Rue des rentiers… (St Clément des Baleines)

Ou encore Rue des Culquoilés
Mais apparemment, je ne suis pas le seul  que ces noms intéressent.

J’en veux pour preuve l’article figurant dans  le  numéro 7 du magazine local gratuit, intitulé « Ré à la Hune »…

En page 13, est  glissé un petit article  faisant état de l’association maritaise  Thélième  (Théâtre et Lieux  de moire). Cette dernière   propose l’idée de "travailler" sur  les  mots de la commune, en s’inspirant de   noms empruntés à dix rues de Sainte-Marie.

Je vous en livre donc quelques-uns, parmi les plus « fleuris » :

Rue des Amourettes, rue des Beaucoups,  rue des Belles, rue Chantecorps, rue du Coin Jaloux, rue du Paradis, venelle de la Paillarde…

Et l’article se poursuit : « Si vous en  connaissez l’histoire, venez nous la raconter ;  si quelqu’un l’a déjà écrite, venez la communiquer… Si vous ne la connaissez pas, inventez-la… et venez nous la lire le 27 juin à la médiathèque de Sainte Marie. »

 

Je ne serai pas sur l’Ile ce vendredi 27…

J’aurais bien voulu m’y trouver.

Cela m’aurait sans doute permis de décrypter l’énigme se trouvant derrière ce nom trouvé non pas à Sainte-Marie mais à Le Bois-Plage:  « Chemin du peu de la fourchette. »

 

Lorsque je suis tombé sur ce panneau… j’ai commencé à gamberger et à tenter une traduction en langage continental.
Dans ce chemin, i
l y aurait donc peu à mettre au bout de la fourchette...
Serait-ce que dans ce coin, on y mange chichement ?
J’ai cherché pour voir s’il n’y aurait pas  au moins  un restaurant ou autre lieu de bombance…

Et je n’ai rien trouvé.
Je suis resté sur ma faim!!!


C’est  quelques jours plus tard que j’ai découvert  la Maison du Fier située dans  la réserve de LiIlleau des Niges. Un ouvrage proposait un petit lexique du vocabulaire local.

J’ai alors appris que le mot « peu » (à prononcer « pu »), désignait une élévation isolée ou une dune. Il serait issu du latin « podium »… Le point culminant de l’île se trouve donc au « peu des Aumonts » : 19 mètres d’altitude…

De nombreux lieux-dits  tirent ainsi leur nom de ce « peu »,  écrit parfois avec un « X »,  et certains îliens portent également le nom de Dupeu, Dupeux, Dupuy…

Mais alors pourquoi ce « Chemin du peu de la fourchette » ?

C’est une dame née justement Dupeux  qui m’a proposé sa  solution :
« De la fourchette ? Ce mot a la même origine que le mot  carrefour, fourchet…  Chemin du peu de la fourchette ? Cela veut tout simplement dire chemin de la butte du carrefour… »

 

J’avoue avoir été un peu déçu par cette explication très… terre à terre,  fournie par une habitante native de l’île.

 

Mais le lendemain, je me trouvais du côté de Loix, où je découvris : « Rue de la Fantaisie ».

Cette fois, je n’eus pas besoin de traduction !


 
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PS: figurez-vous que quelques jours après publication du texte ci-dessus, je reçois un courriel d'une habitante de l'île avec laquelle j'avais échangé quelques propos badins, et  qui m'écrit:

Bonjour,
Merci de vos -flexions...
J'avais oublié de vous dire: "la fantaisie", ce n'est peut-être pas ce que vous croyez... On appelait "fantaisie", le fil d'un cocon qu'on déroulait avant de le "filer"... (le mot date, je crois du XVe et cette acception fut abandonnée fin XIXe) Vu le climat de l'île, il y avait peut-être des vers à soie... Ou le mince chemin sinueux appelait l'image de cette "fantaisie".
Cordialement,
Danielle

Ce qui a bien entendu titillé mon esprit. J'ai donc ouvert quelques gros livres... grâce auxquels j'ai pu répondre à ma correspondante:
Bonjour à vous
Voilà donc bien ce que je craignais : un faux ami, même dans notre propre langue maternelle !
Comme quoi, il faut toujours se méfier!
Ce qui me fait penser aux  passages à niveaux,  où l’on prévient qu’un train peut en cacher un autre.
Dorénavant, je saurai que sur l’aimable île de , un mot peut en cacher un autre…
Il n’en reste cependant pas moins vrai que ma première perception de ce mot « fantaisie » me semble plus douce, plus propice à la rêverie !

Considérons toutefois que j’ai fini par trouver dans le dictionnaire encyclopédique Quillet  une longue tirade concernant le mot fantaisie. Avec les sens les plus usuellement connus, bien sûr.
Et où l’on peut dénicher presque à la fin :
(TECH)  fil de soie de qualité inférieure, qu’on tire des frisons et des déchets.
(TYPO) Nom générique de tous les caractères, autres que le romain ou  l’italique, dont on se sert pour orner le titre des ouvrages.  Nom générique de tous les objets destinés à l’enjolivement d‘un volume… 

Et  pour conclure (?), signalons que dans le village voisin du mien, les habitants, pas forcément fantaisistes,  viennent de poser une plaque  arborant cette inscription :   Rue des Loisirs.  (Avec un L majuscule, s’il vous plaît !!!)
 Là, je pense quand même que je ne devrais pas commettre un énorme contre-sens !!!


Considérons enfin  mon texte maintenant -organisé;  mais  la mise en forme n’en étant pas enjolivée, considérons-le comme étant vraiment sans fantaisie !!!  
Serait-ce toutefois un argument ir... ....futable ou ir......vocable???

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Faut pas perdre le Nord Tchârlesssse

2 Juin 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Humour et modélisme

Dieu, fallait-il donc qu'il aime le maïs sous toutes  ses formes, notre ami Charles ! Enfin, ne me  dites pas que vous ignorez tout des  habitudes alimentaires de nos amis  britanniques... Vous savez bien que le petit déjeuner, chez eux, c'est sacré. Et que j’te mette des flocons de ceci et des flocons de cela. Ils disent aussi que le popcorn, c'est extra pour la santé. Mais de là à pousser le vice comme notre ami Charles... C'est vraiment exception­nel. Car la gourmandise a ses limites.
Ah, mais j'ai oublié un petit détail : Charles est l'un des membres du club anglais de Hertford. Club avec lequel nous entretenons des échanges ami­caux depuis 1988. Une année nous passons la Manche; l'année suivante, ce sont les Britanniques qui viennent nous rendre visite et traversent le  Channel.
Fin août 1994, le match se déroulait sur notre stade... Panneau d'affichage : 0 à 0. Balle au centre.
II faut dire qu'à chacune de leurs visites, nos amis  déploient une débauche de créativité pour nous présenter des modèles différents, voire exotiques...
Mais, là, non : un modèle banal décolle sous la houlette de notre ami Charles.
Un détail, pour recréer l'ambiance : dès à présent, il va vous falloir prononcer son prénom à l'anglaise. Ecoutez bien, il faut dire "Tchâaarlsse". Après moi, répétez :

"- Tchâaarlsse ! "
OK, c'est parfait.

Mais pendant qu'on discute, notre pilote a déjà conduit son modèle réduit bien au-delà du bout de la piste... Le moteur ratatouille, de son pot d'échap­pement émanent quelques hoquets... puis plus rien, silence total : il vient de caler.
Affolement, et manque d'habitude de piloter dans la campagne mayennaise, ou tout simplement réflexe conditionné : Tchâaarlsse vire à gauche. Le plané s'effectue normalement. Enfin, que je vous dise : personnellement, en pareil cas, je vire à droite, vers le Nord, parce que sur la gauche, se trouve un magnifique champ de... un champ de ? Mais voyons ! un champ de ma... un champ de maï... un champ de maïs, bien sûr ! (Heureusement que je vous l'ai souf­flé, parce que je sens que vous n'auriez pas trouvé.) Le modèle s'en va donc joyeusement se poser dans des maïs dont la hauteur me dépasse allègrement. Et comme, en plus, le champ est en dévers, nous n'avons pas pu localiser avec certitude le point d'impact. Même les plus pessimistes pronostiquent pourtant un modèle réduit intact. Sympa, non ? C'est alors que les plus grands (dont je ne fais pas partie) pénètrent à l'intérieur de la végétation. S'engage ensuite un dialogue surréaliste dont les protagonistes ont été entièrement avalés par le maïs. "J'te dis qu'c'est à gauche ! Mais non, c'est tout droit !"

Au bout d'un certain temps, toujours pas de modèle réduit.
Alors différentes tactiques vont être utilisées. Jean-Pierre, un très grand, escalade un poteau téléphonique... Mais il ne voit rien. Christiane pro­pose qu'on prenne un drapeau rouge fluo, qu'il suf­fira de brandir à bout de bras, afin de localiser celui qui le portera. J'en passe, et des meilleures. Le temps passe, lui aussi, et le modèle n'est toujours pas retrouvé.

Quand tout à coup, Michel, qui revient son drapeau à la main, crotté, griffé et découragé, Michel "tombe" par hasard sur l'avion fugueur. "Je l'ai trou­vé !" crie-t-il avec joie.

Le champ de maïs commence alors à régurgiter un à un tous les modélistes qu’il avait avalés auparavant. Physiquement, ils sont dans le même état que Michel. Tous, sauf un ! Et oui, il manque... Tchâaarlsse ! On était parti chercher un avion ; c'est le bonhom­me qu'il va falloir récupérer maintenant.

Ceux que la nature a dotés d'un organe vocal puis­sant se mettent à hurler : "Tchâaarlsse ! reviens !" (En secret, les plus sadiques, intoxiqués par la pub télé, murmurent : Léon, reviens, on a les mêmes à la maison !) Mais le temps passe, et on nous attend au restaurant.

II faut pourtant se rendre à l'évidence : Tchâaarlsse s'est perdu. Je ne sais si vous avez été confronté à un tel problème, mais un champ de maïs devient un vrai piège. On suit les sillons, jusqu'à ce que brusque­ment, ils changent d'orientation. Par temps couvert, en l'absence de soleil, aucun point de repère possible. Et quand en plus une légère brise fait bruire les feuilles, on n'entend même pas les appels des copains, et il est facile de perdre le Nord...

Ce n'est qu'après de longues minutes que Tchâaarlsse sortit à l'autre bout du champ. Mais dans quel état ! Nous lui montrâmes son avion... intact, lui ! Et notre ami tint à se changer  pour aller au restaurant, où nous arrivâmes en retard, bien évi­demment. Notre crainte à tous pendant le trajet, c'est qu'en entrée, on ne nous propose... du maïs. Ce qui ne fut heureusement pas le cas.
Et Tchâaarlsse se vengea, sur un steak ! Quant à la serveuse qui lui demandait ce qu'il voulait comme légume pour accompagner sa viande, il lui répondit, fort aimablement : "Des frites ! Please !"

 Comme quoi il n'avait pas tout à fait perdu le Nord !

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Coup de tonnerre

25 Mai 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Billet d'humeur

Il est des jours  où on ne voit pas beaucoup plus loin que le bout de son nez. Et qu’on ne soupçonne pas un seul instant ce qui va arriver.
Imaginez cinq ou six personnes rassemblées  dans la salle d’attente d’un cabinet commun à trois ophtalmos.
Pas un bruit…
Il est 8 heures du matin, les consultations ne sont pas encore commencées.
Tout ce petit monde s’éveille gentiment à la vie dans une ambiance feutrée où l’on entendrait voler une mouche.
A ma gauche,  une petite dame vêtue de noir  se penche doucement vers moi et, presque à voix basse,   me demande timidement :
« Kiksè vot’ ophtalmo ? »

Et moi de répondre posément:
« C’était madame X… »
Mais je n’ai pas le temps d’aller plus loin ;  la simple audition du nom de « madame X » semble provoquer chez ma voisine comme une sorte d’orage imprévisible qui éclate bruyamment.
« Ah, la salope ! » tonne-t-elle avec courroux.
Ce n’est plus la même personne qui se trouve à côté de moi. Elle est devenue subitement hors d’elle !
Et d’enchaîner :

« C’est là aussi que j’allais… Mais quand j’lui disais qu’j’y voyais même plus pour conduire, elle me disait : « C’est normal à vot’ âge ! »  Bon, ben… J’ai arrêté de conduire.

Pis après, j’y voyais mêm’ pus pour lire… Et elle me disait toujours : « C’est normal à vot’ âge ! »

Ben moi j’y disais  qu’j’avais pourtant des copines de mon âge,  qu’étaient allées chez d’aut’s ophtalmos, et qu’elles avaient été opérées de la cataracte, et que maintenant elles voyaient bien… Quand j’y disais ça, vous savez ce qu’elle faisait, hein ? Elle me rigolait au nez !

La dernière fois que j’ai été la voir, j’y ai dit que j’en avais marre, et que je voulais me faire opérer : elle a point voulu ! Ben j’ai fini par y jeter mes lunettes à la goule ! Et j’y ai dit que j’allais changer de crèmerie !

C’est comme ça que je suis venue voir le docteur G…. ça a point été facile pour avoir un rendez-vous.
Mais il a pas hésité, y m’a dit : faut qu’on vous opère !

Ben ça y est, maintenant me v’là opérée des deux yeux. Et  à c’t’heure, je lis mon journal !

Depuis le temps…
Si j’avais su… »

Et puis lentement, posément, la petite dame d’égrener :
Ah… la salope… »

 La salle d’attente s’est trouvée comme électrisée par cet orage d’une violence inouïe… et nous sommes tous restés médusés…
Mais comment aurais-je pu prévoir que j’allais  déclencher une telle réaction de la part d’une petite femme qui me semblait plutôt timorée…

 Après ce tonitruant coup de tonnerre, la pièce est maintenant   redevenue  silencieuse… et je peux lire sur les yeux des personnes présentes comme une sorte d’ébahissement…

Quelques instants encore, et semblant soudain apaisée, ma voisine de soupirer :
« Ah… Si j’étais restée chez elle, hein, comment qu’je  s’rais, à c’t’heure ?
Ah…. »

Vous comprendrez pourquoi  j’ai préféré taire pudiquement le nom de la personne ayant déclenché l’ire de ma voisine…

Je me contenterai simplement d’ajouter que madame X  ne trouvait pas urgent non plus qu’on opère mes yeux… qui n’étaient sans doute pas encore aussi délabrés que ceux de ma petite dame en noir.
Nous étions donc au moins deux dans cette salle d’attente à avoir changé de crèmerie !!!

Mais je n’ai pas eu le loisir de le dire à ma voisine,  qui a  exprimé sans ambages, et beaucoup plus  vertement que je n’aurais pu le faire,  ce qu’elle pensait  de cette praticienne pour le moins contestée.

Ah….


PS: une personne ayant lu cette anecdote me dit 
dernièrement: "Cette petite dame, quand elle s'est exprimée, c'était vraiment le cri du coeur. "
Pour ma part,  je pense qu'il s'agit  tout autant  du cri de la rancoeur!!!

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On voit tellement de choses ces temps-ci…

8 Mai 2008 , Rédigé par Bernardino Publié dans #Humour et modélisme

Ce matin brille un soleil radieux qui m’invite à faire une petite séance de vol. Le  vent vient du Sud-Sud-Est…
Il s’avère  cependant que notre région n’est pas réputée pour détenir des collines permettant de pratiquer le vol de pente avec ce type de brise…
M
ais, équipé d’un motoplaneur électrique, je pars quand même en quête d’une prairie afin de pouvoir décoller.
C’est pourtant  pas facile à dénicher en ce début de printemps ! Entre les champs qui viennent d’être labourés, ceux dans lesquels on a abondamment égaillé du fumier…  Ceux destinés aux foins et où l’herbe commence à être trop haute…
Mais le hasard fait parfois bien les choses ! Remontant le chemin touristique du Gros-Roc, j’avise un oiseau qui semble profiter d’un courant ascendant. Il est juste au-dessus d’un herbage pentu occupé par quelques jeunes bêtes qui paissent paisiblement tout en bas.

Je gare mon véhicule, je sors le modèle du coffre, je passe sous la clôture, je branche les fils ;  petite visite pré-vol pour  essai moteur et gouvernes. Et je lance !

Mon planeur prend gentiment de l’altitude…
Passe alors très lentement un véhicule utilitaire… qui monte la  petite route…

 

Véhicule que je vois redescendre presque aussitôt, et qui se gare à côté de ma voiture…
J’en vois descendre un homme de taille moyenne, abrité sous une casquette à carreaux, vêtu d’une salopette bleue et muni d’un bâton de vacher ; il enjambe la clôture, et  se plante là…

Je pose alors prestement  mon modèle : durée du vol : 2minutes 45 !
Puis  je me dirige vers le nouveau venu.
C’est moi qui ai le redoutable honneur d’entamer  la conversation.
« Bonjour Monsieur, je suis sans doute sur une de vos terres…
- Ouais… que me fait l’homme en mâchouillant un mégot de cigarette roulée qu’il a  scotché sur  sa lèvre inférieure. (Comme une sorte de Lucky Luke du Far West  de la France!)
- C’est la première fois que je viens ici, c’est pour un essai… dis-je timidement
- Ouais… »
Mon homme ne se montre guère causant.  Par opposition aux bavards que l’on nomme par chez nous les « causeux », celui-ci  doit être un « taiseux »….

Long silence. Et avisant mon boîtier d’émetteur, il me jette :

« C’est quoi vot’ truc ? »
Je commence à lui expliquer…
Mais cela ne semble pas vraiment l’intéresser.

Silence…
Puis  il reprend :
« Vous avez vu, y’a des bêtes ? » 
A mon tour de causer à l’économie : 
« Ouais ! »
« Et elles sont toutes folles de ce temps-là ! 
-   Ah ? cela ne m’a pas semblé… mais si je m’étais rendu compte de leur énervement, je ne serais même pas entré dans cette prairie…
-   Ouais,  que me fait l’homme en mâchouillant toujours son mégot  qu’il s’efforce de  faire durer le plus longtemps possible.
-   Mais c’est souvent que j’utilise un herbage pour faire décoller mes modèles. Dans le coin, les gens me connaissent… »

Pas de réaction…
J’enchaîne alors :
« Voyez, mon appareil,  c’est du polystyrène, et  quand je mets le moteur électrique en route, y’a pas de quoi affoler le monde avec le bruit… »
Long silence… Et laissant un vide après chaque phrase,  il commence à égrener :
« Ouais… mais les bêtes, elles sont toutes folles de ce temps-là ! 
Et pis, on voit tellement de choses ces temps-ci…
Moi, faut que je vienne de Sainte-S…
Hein, si les bêtes elles foutent le camp du champ, hein ? »
Voilà  mon taiseux devenu soudain bavard. Placide, mais bavard…
Je crois alors comprendre qu’il me faut  le rassurer.
Et moi d’expliquer  alors que… et encore que… et  puis encore que…
Et à chacun de mes arguments en vue de lui montrer que j’étais un type responsable, accueilli partout aux alentours sans problème… mon homme de ponctuer systématiquement, sobrement, imperturbablement :
« Et pis… on voit tellement de choses ces temps-ci… »
Long silence à nouveau… que je tente pourtant de rompre avec cette invite :
« Bon, alors,  quand  les bêtes ne sont pas dans le pré, me donnez-vous l’autorisation de… »

Et là, il me coupe sèchement :
« Ouais, mais  on voit tellement de choses ces temps-ci… »

Cela m’a rappelé un souvenir du même style : c’était il y a bien longtemps, à quelques dizaines de kilomètres  de l’endroit d’aujourd’hui, où j’avais été accueilli par un  paysan  « taiseux » muni d’un sorte de hallebarde… et qui là aussi  n’avait rien voulu entendre.

 

Le temps semble long, très long,  dans ce genre de… dialogue…
Mon homme du  jour s’est éloigné lentement, il est descendu voir ses bêtes… et le temps que  je  remballe mon modèle dans le coffre, il était déjà revenu. Je lui  fais alors remarquer qu’en l’absence de son consentement, j’avais rangé mes affaires…

Long silence… Lourd silence…

Je tente de renouer le contact,  et j’ai  l’audace de tenter  timidement une nouvelle fois : 
« Mais… s’il n’y a pas de bêtes dans le champ… ??? »
Il ne me répond pas.
Lucky Luke  continue de mâchouiller son mégot, et la tête baissée, il martèle  très lentement le sol en cadence  avec son bâton qui  tinte douloureusement sur le goudron. Ce n'est pas le supplice de la goutte d'eau, mais en ce qui me concerne, ça lui ressemble!
Puis il se décide à  ouvrir  la porte de sa voiture, et me lâche sur un ton monocorde,  empreint d'une   sobriété dont il doit faire preuve quotidiennement : « Au revoir monsieur… »

Il ne m’a pas refusé l’accès de sa prairie.
Il ne m’a pas dit oui...   il ne m’a pas dit non…
Un Normand égaré dans le Bas-Maine ?
Mais il est parti, me laissant là comme un péquenaud.

Ne vous l’avais-je pas  dit ?
« On voit tellement de choses ces temps-ci… » 

 -----------------------------------    En guise d'épilogue --------------------

Dans mon récit,  j’ai omis volontairement un petit détail, le détail qui tue! Car il me suffira de grimper d’une cinquantaine de mètres, me placer dans la prairie à gauche de la route, en face celle que j’ai voulu utiliser hier, pour  balancer mon motoplaneur de cet endroit, et  ensuite  aller exploiter la pentounette que je visais… car dans cet herbage côté gauche, qui permet déjà de balancer aussi en direction de l’OSO, l’agriculteur m’a donné son feu vert !!!  

         J’irai ainsi survoler les « terres interdites » en toute impunité…

Comme quoi, à malin, malin et demi !!!
Voyez, c’est presque un conte   à la manière de Maupassant !!! 

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